Ga Ga Ga Ga Ga

Ga Ga Ga Ga Ga

Spoon

17 / 20 2007 Merge Album / CD  Vinyle

Chronique de Sirius (Xsilence) 17 / 20

Posté le 10/07/2007
Un quintuple Ga pour nommer le sixième. Bizarre. Sans doute que les Texans avaient en tête de concourir au titre le plus originalement pourri de l'année pour choisir telle nomination shadokophile. Pour ce qui est du contenu, Spoon par contre ne joue pas dans la gaudriole. Elève sérieux et appliqué, le groupe rend encore une fois un copie parfaite.
Enfin n'en déplaise aux excellentes critiques qui suivirent, Spoon avait laissé ici ou là quelques coquilles sur son précédent Gimme Fiction. Le groupe d'Austin se fendant d'une certaine inconsistance jusque-là assez inhabituelle. Avec Ga Ga Ga Ga Ga, de grande mauvaise foi sera celui qui trouvera à redire sur cet LP bien plus homogène où l'on passe d'une merveille à une autre sans avoir eu le temps d'applaudir avec l'esprit entre les deux.
Certes certes, les plus exigeants d'entre nous auront à coeur de trouver de quoi chipoter sur ces 10 nouvelles livraisons. C'est vrai que "The Ghost Of You Lingers" dans le genre fausse intro qui n'explose jamais a de quoi frustrer. Vrai aussi que le passage semble-t-il capté à une fête foraine franchouillarde ('et on remet ça, à fond la caisse !' oui oui, en français dans le texte) vient perturber quelque peu ce pourtant très impeccable "Finer Feelings". Et si on est vraiment le roi de la pinaille, alors oui on peut regretter qu'il y ait encore des groupes au XXIème siècle qui choisissent, c'te mauvaise idée, de placer leur meilleure chanson en ouverture d'album ("Don't Make Me A Target").
Mais la vérité c'est que Spoon 'fait du rock comme les brésiliens jouent au foot' (© Télérama 2006) avec en sus la rigueur et la discipline d'une équipe de l'Est. Pas de place pour le moindre arrangement gri-gri. Tout a été pensé depuis le vestiaire. Mais on s'autorise quelques débordements groovy ("Don't You Evah") et on fait même la part belle aux actions de jeu flamboyantes à grand renfort de cuivres ("You Got Yr. Cherry Bomb", "The Underdog", Spoon serait-il le nouveau Dexy's Midnight Runners ?).
Des virtuoses qui jouent simple. On n'en voit pas si souvent. Ce serait con de bouder son plaisir même si c'est vrai que le titre fait pas très envie. Mais c'est bien là le seul gros défaut de ce disque. Le reste...

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 05/09/2007

En six albums pour la plupart impeccables, les Texans de Spoon sont parvenus à se construire une réputation en béton armé (particulièrement outre-Atlantique) et s’imposent aujourd’hui comme l’une des figures de proue du rock alternatif américain. La formation emmenée par Britt Daniels a été pendant longtemps l’un des porte-drapeaux de l’excellent (quoique plutôt calme dernièrement) label Matador et sort aujourd’hui sur Merge aux Etats-Unis et sur Anti- en Europe ce Ga Ga Ga Ga Ga au titre aussi ridicule qu’énigmatique.

Comme c’était déjà le cas sur le disque précédent (l’excellent Gimme Fiction), Spoon ouvre les hostilités sur un titre impeccable (« Don’t Make Me A Target ») qui en quelques secondes à peine met l'eau à la bouche de l'auditeur et synthétise surtout de la plus belle des manières l’approche artistique prônée par Britt Daniels et ses ouailles : rythmique lascive, riffs secs et voix tantôt délicate tantôt rocailleuse sont autant d’éléments qui font de Spoon l'un des groupes américains les plus intéressants du moment. Comme c’est souvent le cas, sous des dehors faussement brouillons (probablement dus à une production tout en simplicité) et légèrement dilettantes, Spoon accouche d’un rock broussailleux teinté de mélodies pop quatre étoiles. Les dix morceaux de Ga Ga Ga Ga Ga se révèlent rapidement être des parangons de concision au service de l’écriture impeccable d’un Britt Daniels en très grande forme. Et bien que Spoon délaisse à plusieurs reprises son terrain de jeu favori pour tenter quelques expérimentations rarement convaincantes (les cuivres dispensables de l'excellent « The Underdog » ou le piano fatiguant de « The Ghost of Your Lingers »), Ga Ga Ga Ga Ga n'en regorge pas moins de pépites de rock indépendant américain telles que « Don't You Evah » ou « Rthm & Soul » et à côté desquelles il serait tout bonnement criminel de passer.

Au final, hormis quelques écarts de conduite que l’on tolérera dans le chef d'un groupe possédant une telle classe et une telle intelligence, Spoon continue de tracer sa voie sans sourciller et risque fort de conserver jusqu’à la parution de son prochain effort ce statut d'oublié des couvertures des magazines et de chouchou des webzines tels que celui-ci.


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