The Great Deceiver

The Great Deceiver

King Crimson

Chronique de Sytizen (Xsilence) 19 / 20

Posté le 08/07/2009
Voilà un coffret qui ne fait pas les choses à moitiés : rien de moins que 4 CD, enregistré à 6 concerts différents, et c'est 300 minutes de musiques qu'on se prend dans la gueule. The Great Deceiver n'est certainement pas un objet qui tombe par hasard dans les mains d'un auditeur lambda, et si vous êtes amener à le posséder c'est que probablement le King Crimson est déjà une entité quasi-divine pour vous.
Mais rien à faire, on ne peut pas être préparé à ça. Avec feeling, grâce, inspiration, violence parfois, le groupe interprète ici des titres principalement issus de Lark's Tongue in Aspic et Starless and Bible Back. Le nombre de concerts a même pour conséquence de nous proposer souvent 2, voir 3 versions d'un même morceau. Et c'est là qu'on commence à rêver : elles ont toutes, de la première à la dernière seconde, un intérêt. La puissance créatrice qui se dégage du groupe, la manière dont Fripp et Cross font chanter leurs instruments sur les basses de Wetton et Brufford est fabuleuse. Pour moi un seul groupe arrive à une telle cohésion en live, c'est les Mothers de Zappa, bizarrement exactement dans les mêmes années : 1973-1974.
Le 'rubato' dans lequel les morceaux sont joués, les conditions très 'humaines' du live donnent un nouveau souffle à des chansons comme "Night Watch" ou "Starless", déjà superbe en studio, sublime ici.

Mais loin de n'être qu'une ré-interprétation du répertoire, ce 'tricheur superbe' nous propose une quinzaine de morceaux improvisés ! Le scénario est souvent le même : plantage de décor, brumeux, mystérieux, au violon ou à la guitare. La basse gronde, installe des harmoniques alors que la batterie trouve sa formule rythmique. Et ça suffit au groupe pour s'envoler, partir dans des trips qui durent parfois un quart d'heure, purement jouissif, incroyablement décomplexé et intelligent. L'alternance qui se crée entre morceaux connus interprétés à la perfection et improvisation déstabilise l'auditeur, le plonge dans un monde onirique, ou le quatuor paraît un orchestre immense, une machine à rêve qui vivait alors ses plus belles heures.
Meilleur album live de tout les temps ? Peut être bien. Un opus impressionnant, où sa dimension démesurée, voir monstrueuse, ajoute un air de labyrinthe, de corne d'abondance inépuisable ; un grand moment de musique.

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