Chronique de Abe-sapien (Xsilence)
Pas l'ombre d'une quelconque énergie ne vient sortir des enceintes lors de l'écoute de Lucky. Aucun riff ne vient titiller les oreilles, aucun rythme ne pousse le pied à émettre un mouvement vertical et répétitif. Bref, on s'ennuie à mourir durant toute la durée de ses onze pop songs calibrées radio. C'est plus que dommage. Le groupe était quand même parvenu à marier pop et rock de bien belle manière sur Let Go. Mais l'abandon de leur côté rock les rend désormais complètement anodins et inintéressants. La production est à l'image des morceaux : plate et aseptisée, les guitares n'ont aucun relief, la batterie est bien placée en avant pour tenter vainement d'insuffler un semblant de jus mais ça ne prend pas.
Pourtant les compositions de Lucky sont loin d'être simplistes et anodines. C'est en général, musicalement chiadé, recherché et les mélodies fusent par dizaines. Mais les arrangements sont horribles! La majeure partie des morceaux sont lents, chaque refrain est accompagné de choeurs nauséeux et le tout est souvent appuyé de cordes dégueulasses pour faire pleurer Margaux. Sur quelques morceaux ce genre de chose n'aurait pas dérangé mais tout un album comme ça, c'est insupportable. A trop vouloir viser les charts, Nada Surf se fourvoient dans la musique FM nauséabonde. Dans le style, "I Like What You Say", "Whose Authority" ou "From Now On" sont surement les pires morceaux du disque.
Tant pis, on retiendra juste un ou deux titres bien foutus et musicalement intéressants tels "See These Bones" ou les deux derniers "The Fox" et "The Film Did Not Go 'Round". En espérant que ceux-ci serviront de base musicale au groupe pour la suite...
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
L’histoire de Nada Surf, tout le monde ou presque commence à la connaître. En 1996, à la faveur d’un single infectieux qui a monopolisé sur les ondes télévisées et radiophoniques pendant de nombreux mois, le trio californien s'est vu attribuer le statut peu enviable de "one hit wonder". Et malgré toute la bonne volonté de ses membres, il a été impossible pour celui-ci d’éviter de sombrer dans les limbes de l’anonymat et d’entamer une longue traversée du désert. Heureusement pour Nada Surf et nos oreilles, cette situation catastrophique n’a pas eu raison des ambitions et de la motivation du groupe qui, au fil des années et des productions sur de bons petits labels indépendants, s’est rebâti une réputation digne de ce nom et a renoué avec le succès grâce à Let Go et (surtout) à son impeccable précédent album, The Weight Is A Gift. Aussi, en 2008, Nada Surf est attendu au tournant. Qui aurait parié sur un tel scénario il y a une dizaine d'années?
La formation emmenée par Matthew Caws nous revient donc en ce début d’année avec son cinquième opus. Produit par John Goodmanson, qu’on a déjà retrouvé aux manettes pour Blonde Redhead, Lucky peut compter sur la présence de quelques invités de prestige, dont Ben Gibbard (la voix de Death Cab For Cutie), le pianiste anglais Ed Harcourt ou le trompettiste Martin Wenk (Calexico). Cependant, on ne le sait que trop bien, un joli tableau de chasse ne suffit pas à faire prendre la sauce. Et bien que les apports des artistes susmentionnés se fassent ressentir à divers moments, il faut surtout s’en remettre au talent de songwriter de Matthew Caws pour évaluer la valeur intrinsèque de ce Lucky. Et si cette nouvelle production ne recèle pas de bombinettes instantanées comme pouvaient l'être "Always Love" ou "Concrete Bed" sur The Weight Is A Gift, le groupe parvient toutefois à aligner quelques petites perles de "college rock" mélodique, racé, jamais putassier et, il faut bien le reconnaître, plutôt inoffensif. Dans l’ensemble plus mélancolique et lent que son prédécesseur, certains pourraient penser que Lucky est le fait d’un groupe qui, l’air de rien, commence à ressentir le poids des années. Certains morceaux, un peu trop mous du genou, tendent à le prouver. D’autres, redoutables d’efficacité et de sens mélodique, nous invitent à revoir rapidement notre jugement.
Album honorable, Lucky plaira plus que probablement aux fans du groupe, ceux-là qui n’ont jamais vraiment abandonné le groupe. Les autres porteront peut-être un regard plus critique sur cette dernière livraison en date et attendront le retour du groupe à des sonorités plus rugueuses et incisives. Suite au prochain épisode ? A n’en point douter.