Chronique de Nicolas (Goûte Mes Disques)
Dire qu’ils étaient attendus au tournant est un euphémisme. En Belgique francophone, tout le monde s’accordait pour dire qu’il serait difficile que les Girls In Hawaii fassent mieux que From Here To There, ce premier album qui les consacra chefs de file d’une musique wallonne en plein essor. Trop vite, on les compara à dEUS (sur base de la nationalité) ou à Grandaddy (sur base de la filiation musicale). Mais ce n’était pas se rendre compte que le groupe devait encore trouver sa voie, celle qui lui permettrait de s’émanciper de toutes ces comparaisons. Maintenant dire qu’ils ont ramé pendant près de deux ans est également un euphémisme. Pour preuve, il suffit de se remémorer leur prestation au festival de Dour 2007 où le groupe, alors en plein doute quant à sa capacité de finir le deuxième album, se prit les pieds dans le tapis en voulant livrer en pâture leurs nouvelles compositions (encore inachevées) sous une pression énorme, près de 9.000 personnes s’étant déplacé pour le voir. Près de six mois plus tard, les Girls In Hawaii nous livrent donc ce deuxième album tant attendu… et sur lequel ils planifient leur fuite. Et à n’en point douter, celle-ci se fera en avant…
Réalisé avec l’aide complice de Jean Lamoot (Salif Keita, Noir Désir, Alain Bashung), Plan Your Escape reprend les choses là ou les Girls In Hawaii les avaient laissées. Dès lors, on ne s’étonnera d’apprendre que, pour ce nouvel album, le groupe ait remis au goût du jour le concept des vieilles baraques des Ardennes belges dans lesquelles ils ont pris l’habitude d’enregistrer. Car, au final, l’image qui sied le mieux à la formation brabançonne est celle de bricoleurs, d’artisans de la pop atmosphérique. Que ceux qui s’attendent à de nouvelles cartes postales de la Région Wallonne s’apprêtent à déchanter, les Girls In Hawaii reviennent cette fois avec un album faisait honneur aux virées champêtres, voire aux ballades forestières. Concrètement, si les Girls ne renouvellent pas complètement la formule, on se retrouve avec un opus qui n’hésite pas à prendre des chemins de traverse ("Couples On TV"), à multiplier les couches ("This Farm Will End Up In Fire"), à casser les rythmes ("Birthday Call") tout en s’inscrivant dans la lignée de From Here To There. Ainsi, il y a de fortes chances que ceux qui n’ont pas aimé ce dernier ne s’y retrouvent toujours pas avec Plan Your Escape. Et à ce sujet, les voix pourraient être le principal grief envers des Girls In Hawaii qui multiplient les effets (même si en live, c’est moins criant). Mais d’un point de vue mélodique, le groupe a réussi à pondre un ensemble d’une rare cohérence, celle-ci étant décuplée par la puissance évocatrice du visuel, et frappe tellement fort qu’il mérite aujourd’hui sa place aux côtés des meilleures formations du genre, feu Grandaddy et Midlake. On vous l’avait dit, les Girls In Hawaii ont bien préparé leur fuite, la Belgique en est devenue trop petite !
Chronique de ArzaK (Xsilence)
Alors oui, on peut remarquer que ce deuxième album n'a pas certaines qualités qu'avait le premier opus, on n'y trouve plus cette immédiateté des mélodies simples, sa touchante naïveté vocale, son minimalisme instrumental qui confinait à une réelle intimité. Qu'on se le dise Plan Your Escape n'a pas les qualités particulières de From Here To Here. Mais il en a quantité d'autres que le premier n'avait pas ! Tout d'abord, une plus grande complexité des compositions, (même si tout cela reste relatif, cela reste de la pop), une plus grande variété d'inspiration et d'atmosphère, une cohérence presque narrative entre la première et la dernière plage (là où le premier album n'était qu'une collection de chansons relativement semblables), une bien meilleure production, avec plus de pèche, nettement plus proche de ce que le groupe donne en concert, avec une richesse dans les arrangements et une audace musicale qui manquaient au premier album. On a certes perdu en partie cette intimité, cette touchante naïveté et la fraîcheur des débuts, mais si les Girls in Hawaii avaient essayé de retrouver cela sur ce deuxième opus, quatre ans après le premier album, cela aurait sonné faux et réchauffé, et on leur aurait reproché d'avoir fait un From Here To Here bis en moins réussi... Piège qu'ils semblent avoir eu à cœur d'éviter.
"Alors ArzaK, dis-nous, tu préfères le premier album ou le deuxième ?" Répondre à cette question revient à trancher entre la cerise et la pomme... On ne peut comparer des cerises qu'avec d'autres cerises, et des pommes avec des pommes. La premier album était une perle, cet album est également une merveille mais d'un autre genre. Une ode au changement, comme si l'évasion dont il était question dans le titre était l'emprise trop forte du premier album, emprise dont il fallait se libérer pour se sentir plus libre et voguer vers d'autres univers musicaux... Non, Girls in Hawaii ne sera pas le groupe d'un seul et unique album, il ne sera pas le groupe d'une formule musicale pop figée immobile et rassurante, prétendument intemporelle. Ce deuxième album le prouve haut la main et je suis certain que le meilleur reste encore à venir.
Et au quidam qui me demandera encore : "Mais finalement, ArzaK, tu préfères le premier album ou le deuxième ?", je répondrai : "Le troisième !".