Chronique de Jumbo (Xsilence)
Posté le 05/04/2010
Ce premier album d'Animal Collective, pensé comme un projet solo d'Avey Tare et sorti comme une collaboration avec Panda Bear (ici simple batteur) est presque entièrement fait d'une folk psychédélique étrange mais le plus souvent douce, enjouée et légèrement mélancolique. Le délicieux "Chocolate Girl" représente sans doute le mieux cet aspect, du long de ses huit minutes. Mais avant de pouvoir s'imaginer batifoler des les herbes parmi des animaux aux couleurs fluo au son des comptines d'Avey Tare, il faudra passer par un début d'album autrement plus éprouvant. "Spirit They've Vanished", le morceau d'introduction, ne repose que sur un gargouillis électronique criard confinant presque à la noise, répété sans variation sur plus de cinq minutes, alors que le chant traînant offre un contraste surprenant. Et la noise, on est en plein dedans sur le début de "April And The Phantom", vingt bonnes secondes de mur de son infranchissable aussi douloureux que succulent aux oreilles de votre serviteur. Et si le reste du morceau s'apparente enfin à une chanson de folk lo-fi avec guitare déglinguée et jeu de batterie tout en fureur contenue, le troisième morceau, instrumental et anonyme, renoue avec le doux capharnaüm d'electronica noisy et psychédélique du tout début, en tout de même moins violent et plus mélodique. Ce début d'album franchement étonnant passé, on débouche alors sur la pièce maîtresse du disque : le sublime "Penny Dreadfuls" est ses quelques notes de piano déchirantes. Ce n'est pas grand-chose, et c'est aussi frustrant que délectable parce qu'on n'y retrouve jamais vraiment ce qu'on avait cru y apercevoir aux premières écoutes, mais jamais une mélodie aussi limitée ne m'avait autant bouleversé. À côté de cette nostalgie écrasante, les deux gaillards se lâchent enfin, s'abandonnant à leur frénésie pour de certes très courts moments, mais avec une naïveté sidérante. On ne retrouvera une telle émotion que sur le dernier morceau, un fantastique "Alvin Row" de douze minutes, renouant avec le bordel musical que les titres cinq à neuf avaient quelque peu atténué, malgré leur côté plus halluciné ("Someday I'll Grow to Be as Tall as the Giant"). Spirit They're Gone, Spirit They've Vanished n'est pas qu'un album de folk à moitié dingue, c'est une bulle qui nous ramène en enfance et fait surgir l'émotion et la fureur pour une seconde et l'enfouir aussitôt sous une douceur et une mélancolie plus mesurées, plus adultes...