Sound Affects

Sound Affects

The Jam

20 / 20 1980 Polydor Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de MrHyde (Xsilence) 20 / 20

Posté le 31/07/2008
On prend les mêmes et on recommence... Ah, non tiens, Paul Weller n'a pas décidé de faire n'importe quelle carrière: avec The Jam, le Modfather a décidé de baser chaque composition d'album sur une référence centrale.
In The City, le premier - sorti en 1977- serait l'album que Pete Townshend aurait aimé composer en cette année Punk si ce dernier ne s'était pas totalement vidé de son talent. This Is The Modern World est plus ou moins une refonte du premier, la rage et la surprise en moins, passons. All Mod Cons est centré sur l'oeuvre des Kinks du grand Ray Davies. Considéré comme le chef-d'oeuvre des Jam, il montre un talent d'écriture mélodique aux paroles centrées sur une analyse de la société en général, surtout Anglaise. Un type de textes pour lequel Ray Davies aurait pu déposer un brevet. Suit l'album plein de soul/R&B Setting Sons, avec en grand final sa reprise incendiaire de "Heat Wave", chef-d'oeuvre composé par la dream-team de la Tamla Motown (Holland-Dozier-Holland, rien que ces trois mots placés les uns à la suite des autres devraient suffire à provoquer une érection à n'importe quel amateur de musique normalement constitué).

Si Paul Weller est un compositeur extrêmement référencé (comme tous au fond, la différence entre lui et un Lennon ou autre Steve Marriott est que la Pop était déjà bien établie, voire pour certains de l'Histoire ancienne une bande d'inconscients punk jusqu'à l'extrême, pour qui toute notion de finesse musicale était à écarter après l'apogée du prog qui faillit faire vomir le monde du rock et de la pop tout entier) On a souvent dit que Paul Weller était meilleur que la somme de ses influences. Si on peut ne pas être d'accord avec ce qui ressemble fort à un proverbe tant il est lu et entendu, on peut dire qu'il fait de ses influences quelque chose de différent, appuyé sur un son unique, et même si les formules ont déjà été utilisées (la guitare Rickenbacker pour un groupe ouvertement influencé par la pop sixties, original), l'album sonne totalement différent de tout ce qui a pu se faire dans ses années bénies par les Dieux pop (simplifions à l'extrême : Lennon/McCartney).

Trêve de bavardage, on a avec cette galette ce qui ressemble le plus à l'album pop sixties parfait de l'après sixties. Les compositions sont d'une beauté extrême, belles à pleurer, à éjaculer et à faire tout ce que vous voulez de votre corps abasourdi par ce que vous entendez. Le meilleur Jam ? Sans aucun doute possible. Plus énergique que All Mod Cons, moins que In The City mais plus mélodique, on comprend l'engouement que ce groupe a vécu dans ces années où la musique vendeuse de qualité semblait fondre de plus en plus au soleil au profit d'une musique dansante pleine de claviers dégoulinants, dont l'apogée viendra (et pourtant on croyait l'avoir atteint tout en espérant que ça retomberait avec la vague Disco) via Michael Jackson et son multi-multi-multi platine Thriller.
Par ailleurs, Off The Wall, prédécesseur de Thriller, est pour Weller une inspiration majeure pour ce Sound Affects.
Mais surtout, Weller s'est beaucoup inspiré de Revolver de vous-savez-qui, cela se ressent surtout sur "Start!", le single qui sera n°1 en Angleterre - l'album, lui finira n°2 des Charts - où Weller emprunte la ligne de basse de "Taxman" écrite par Harrison.

De grandes chansons jonchent l'album, qui en font un must absolu que tout amateur de musique devrait connaître et écouter au moins une centaine de fois dans sa vie. Les airs sont extraordinaires, restent dans la tête, débordent d'une joie communicative, du refrain de "Pretty Green" (une telle simplicité ne pouvait que venir de Weller) en passant par la mélancolie extrême de "Man In The Corner Shop" (encore une chanson sur le thème de la vie citadine au quotidien), une chanson qui révèle sa finesse à chaque écoute sauf à la première, ne vous laissez pas surprendre.
"Set The House Ablaze" est encore une composition extraordinaire, son riff imparable que Block Party allait s'approprier, son refrain explosif d'une énergie inimaginable... tout est là, tout est dit.
"Start !", sorti en single sous l'insistance de Weller en personne, la compagnie de disque souhaitant sortir "Pretty Green", est restée très connue, et son pont, voix aiguë et choeurs mélancoliques à l'appui reste l'un des plus beau moment des Jam.
Suit ensuite "That's Entertainment", la composition la moins complexe de l'album, et pourtant la plus émouvante chanson des Jam, l'une des plus belle ballade jamais écrite, toutes périodes confondues. La simplicité étant définitivement la clé de la musique Pop.
L'air le plus contagieux vient avec "Boy About Town", une chanson qui reste dans la tête toute une journée durant, on se surprend à la siffler à tout moment, tout sonne merveilleusement, les Sixties revivent le temps d'une chanson certes courte (1 min 59 c'est trop court, surtout pour une chanson de cette trempe), la voix de Weller y est à son sommet, tout est parfait dans cette chanson parfaite, une de ces chanson qui vous obsède tout une vie durant, au même titre que "Good Vibrations", "I'm Only Sleeping", "Do You Remember Walter", "Drain You" et autres "See Emily Play". Le point culminant de l'album avec "That's Entertainment", "Pretty Green", "Start" et... tout le reste.

Aujourd'hui, il devrait être impossible de parler de pop sans évoquer cet album, d'une finesse et d'un sens de la mélodie rare, et, quoi qu'on en dise, unique. Paul Weller aura été le guide et aura influencé toute une génération de musiciens, ouvriers, frustrée de ne pas avoir vécu les Sixties et pourtant fière d'avoir connue un groupe tel The Jam, un groupe avec un vrai message et des musiques parfaites. La génération suivante, elle, sera plus malheureuse de ce côté : on ne peut décemment pas choisir comme porte-parole Noel Gallagher ou Pete Doherty, la personnalité exécrable et l'arrogance de l'un, le manque de réel talent de l'autre bloque cette génération dans la nostalgie d'époques qu'elle n'a pas connu. On peut toujours faire revivre ce rêve en écoutant "Boy About Town" en marchant dans la rue, et faire semblant d'oublier qu'on est dans les années 2000 , vampirisées par les 50 Cent et autres Rihanna, ‘artistes' à la personnalité contenue toute entière dans les muscles et la plastique.
Disque essentiel, testament provisoire de la Pop originale, avant que le son alternatif ne donne une autre vision de l'affaire, Sound Affects est un rêve, un disque rempli d'espoir, de fougue, de folie... Tout un univers à (re)découvrir sans plus attendre.

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