To The Teeth

To The Teeth

Serafin

17 / 20 2007 Our! Album / CD

Chronique de X_YoB (Xsilence) 17 / 20

Posté le 24/12/2007
Il aura fallu pas mal de chahut pour que ce To The Teeth, prévu à l'origine pour fin 2004/début 2005, parvienne à nos oreilles. Le rachat de Taste par Warner menant à une embrouille sur leur contrat et leur éviction du label, un batteur et un bassiste qui se font la malle : Serafin a prit quelques coups sévères et se voit obligé de sortir son second LP par lui-même... Plus de quatre années après l'exceptionnel album power-rock No Push Collide, où en est donc le groupe si prometteur de 2003 ?

Ce qui rassure en premier lieu, c'est que malgré le temps écoulé, le line-up refondu de moitié, ou encore les modes musicales toujours grandissantes des revivals (plus particulièrement les effets Libertines et Interpol), le groupe n'a rien perdu de ce qu'il était. Il est toujours cet hybride de Pixies musclé et de Pumpkins frêle avec un problème d'alcool, de brit-pop et pop-rock sabotés par un peu trop d'herbe. Mené tambour battant par un Ben Fox Smith dont le songwriting est plus ambiguë que jamais, entêtant mais compliqué, la fausse maladresse apparente de Serafin (justesse sabotée) cache une nouvelle fois l'adroite écriture et le son pensé (esprit bruitiste). On y retrouve donc facilement la beauté de No Push Collide (écriture mélodique) mais aussi le pète au casque du A Slack Romance de Stony Sleep (écriture pas facile sans tomber dans l'intellectualisation à la Radiohead). Une fusion logique puisque c'est le frangin Smith ex-Razorblade qui rempile aux fûts, déjà responsable des exécutions hystériques de Stony Sleep. Une fusion qui confirme une fois pour toute l'impression déjà ressentie que Serafin/Stony Sleep était une sorte de Biffy Clyro (très) soft. C'est donc en terrain connu que l'on parcourt To The Teeth ; un terrain sinueux : sobre dans les arrangements, titubant d'autodérision dans les structures, coloré d'un titre à l'autre.
Qui ne supportait pas les stigmates Pixies de Serafin ne sera pas plus satisfait ici, tant des titres comme l'ouverture "To The Lost And Found" semblent être des tributes à eux seuls (de Come On Pilgrim à Trompe Le Monde) et les grincements de guitare une marque de fabrique définitive. Qui trouvait soi-disant une trop forte ressemblance avec Placebo sera à l'inverse ravis par l'intelligence supérieure encore plus visible de l'émotion, du costaud et du tordu qui y sont disséminés. Parmi d'autres, la sagesse de "Snake", l'imposant "Lord" ou les conneries du beau "Lady" (ex: ce que l'on nommera 'le break débile') sont tout ce qui font de To The Teeth un disque à la fois moins accessible et immédiat que No Push Collide, mais plus riche. Toutes les humeurs, et toutes les variations d'humeurs, sont plus appuyées. Du tube halletant ("News") à la jolie chansonnette névrosée ("Scars") ou au morceau tendu ("To The World"), l'univers du groupe semble plus grand et déboussolant. Les gus vont même jusqu'à nous refaire le coup de la sortie heavy de "Who Could I Be ?" avec "To The World", et tapent carrément dans du Tool (cf. la fin de "Sober").

Voilà qui fait bien plaisir. Que le groupe soit de nouveau en selle est une chose, qu'il balance un album de la tenue de To The Teeth rend encore plus enthousiaste. Sans faire aussi marquant et intelligible que No Push Collide, Serafin aura su relever le défi haut la main. Offrir une suite différente mais toute aussi jouissive à un album en béton, en évitant la redite et la facilité, ça n'est pas à la portée de tout le monde...

Chronique de Splinter (Goûte Mes Disques) 6 / 20

Posté le 13/02/2008

Auteurs en 2003 d'un premier album très remarqué, l'excellent No Push Collide, les Anglais de Serafin avaient fait naître de nombreux espoirs chez les amateurs de power pop. Signés à l'époque sur Taste Media, aux côtés notamment de Muse, les quatre post-ado suscitaient des comparaisons flatteuses – on parlait ainsi des Pixies, des Smashing Pumpkins ou encore de Nick Drake - grâce à leurs hymnes survitaminés aux mélodies accrocheuses, tels "Numerical", "Lethargy" ou encore "No Happy", qui cohabitaient avec des titres plus doux et mélancoliques, comme "Peaches from Spain". Le talent de Ben Fox Smith, ancien leader de Stony Sleep, et son énergie communicative en concert laissaient ainsi entrapercevoir un avenir radieux pour ce jeune groupe.

Rien ne s'est pourtant passé comme prévu. Annoncé à l'origine pour la fin de l'année 2004, puis le début de l'année 2005, ce n'est finalement que près de cinq ans après la sortie de No Push Collide que leur second album, To The Teeth, voit le jour. La raison principale et officielle résiderait dans l'imbroglio juridique suscité par le rachat de Taste Media par Warner, qui aurait abouti à la rupture du contrat de Serafin. Pourquoi pas. Mais cette explication ne convainc qu'à moitié. Car édité sur un label confidentiel, Our Rekords, en vente exclusivement sur Internet, réalisé par un groupe dont l'effectif a été bouleversé depuis 2004, ce second album doit faire face à un a priori très négatif et une réputation sulfureuse: et si le résultat n'était tout simplement pas à la hauteur des attentes, ce qui expliquerait les multiples retards ?

La réponse, malheureusement, ne fait aucun doute après plusieurs écoutes attentives et persévérantes : To The Teeth est un disque de rock très moyen, voire par moments insipide, qui se contente de faire du bruit quand son prédécesseur parvenait à marier admirablement les grosses guitares et les refrains puissants. Un exemple parmi tant d'autres, "To the Lost and Found", qui ouvre l'album, surprend par le chant (faux) de Ben Smith et l'absence totale de support mélodique. Les morceaux qui suivent passent sans susciter le moindre intérêt et les jolies balades ont tout simplement disparu ou bien ne surnagent qu'à la fin de morceaux juste acceptables, comme "Snake".

Seule "Key", quatrième piste de l'album, par ses similitudes avec "Day by Day", nous rappelle qu'il s'agit bien d'un album de ce groupe tant apprécié à l'été 2003. Quand on sait que Ben Smith a entamé parallèlement un nouveau projet, acoustique cette fois, intitulé Young Sawbones, on se dit qu'on n'entendra peut-être plus parler de Serafin à l'avenir. Avec ou sans les dents, on reste sur sa faim.


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