Chronique de X_Keyser José (Xsilence)
Gyllyng street est tout aussi mystérieux que le nom de son créateur, le style est ici tout en retenue et en plages quasi-atmosphérique où une voix plaintive délivre quelques fois des textes qu'il est bien difficile de comprendre, un chant comme un écho qui provient de loin un peu à la manière d'un Richard Youngs mais encore plus froid et plus influencé par le post Rock que le folk. Parfois les titres sont légèrement éclairés par des trompettes, donnant un air solennel aux longues plages de quasi rien, ou une batterie tapote légèrement, une voix murmure, "Alex Drifting Alone" est composé comme cela, avec de petits riens, de petites touches de guitares qui donnent au morceau sa structure vaporeuse, un peu comme la brume sur la pochette, qui s'élève lentement, très lentement. Gyllyng Street est un disque pour les gens patients, ceux qui n'attendent pas forcement de grandes envolées violentes à la fin des morceaux de Post Rock. Le disque ennuiera certainement bon nombre d'entre vous, les réfractaires à Sigur Ros d'abord ou ceux que la tranquillité bien avisée de groupe comme Red House Painters endort. Tout au long de l'album Duncan et ses arrangements très soignés, son utilisation d'une voix céleste sur "Fires PGR" construit une atmosphère calme et tranquille comme la mort, jusqu'à ce qu'un crépitement dérangeant vienne nous soustraire de ce rêve sur "A Sketch For Maenporth". Non, notre âme ne flotte pas au dessus de notre corps, nous avons les pieds sur le sol et ce crépitement ne serait-il pas le grouillement du sol sous nos pieds nus ? Ce battement constant ne serait-il pas celui de mon cœur ? Peut être mais mon rêve est fini, il était beau, on pourra le rejouer d'autres fois, autant que l'on veut, mais pour le moment on en revient à des choses beaucoup plus matérielles :
"Mais où diable ai-je donc mis mes chaussures ?"
Chronique de Nicolas (Goûte Mes Disques)
Bien que Songs Of Green Pheasant ne soit le travail que d’un seul homme, le trentenaire Duncan Sumpner, il n’aura fallu que très peu de temps à ce professeur en art de la banlieue de Sheffield pour donner une suite à un Aerial Days, paru à la fin de l’année dernière sur Fat Cat. Ainsi, Duncan Sumpner continue sur Gyllyng Street, un troisième album portant le nom de la rue dans laquelle il résidait durant ses études, à faire évoluer le folk de ses débuts vers des horizons musicaux bien plus étendus.
D’ailleurs, il semble loin le temps où Songs Of Green Pheasant enregistrait ses compositions lo-fi sur un 4-pistes dans sa cuisine. Et même s’il n’est pas tombé dans la surenchère, l’univers de Duncan Sumpner s’est, depuis lors, considérablement enrichi en assimilant de multiples influences : le shoegazing (pensez My Bloody Valentine), le post-rock (genre Bark Psychosis), le slowcore (du style Codeine) ou encore la pop music (et les inévitables Beach Boys). Jouant énormément sur les textures, Gyllyng Street fascine par sa capacité à échafauder 9 paysages dans lesquels on se perdrait volontiers. Pour ainsi dire, cet aspect profondément méditatif se retrouve également dans des textes qui, même s’ils s’avèrent plutôt en retrait, sont davantage centrés autour de leur auteur que par le passé. Dès lors, Duncan Sumpner aborde des thèmes comme la perte de la jeunesse, de la foi ou de ses origines sur un opus qui le voit s’ouvrir à d’autres, on recense ci et là les participations d’un trompettiste, d’une section basse-batterie ou encore d’une voix féminine. Minimes mais essentielles, ces différentes apparitions n’empêchent pas Duncan Sumpner d’accoucher, avec Gyllyng Street, d’un repère pour claustrophobes.
Pendant près de 45 minutes d’un album à la fois légèrement expérimental et progressif, Songs Of Green Pheasant embarque donc l’auditeur dans des atmosphères plus brumeuses que jamais, de celles que l’on retrouverait au petit matin dans une ville du Nord de l’Angleterre. Et malgré ce sentiment de brouillard généralisé, on ne doutera pas une seconde que Duncan Sumpner maintienne le cap d’une discographie de qualité.