Chronique de Nicolas (Goûte Mes Disques)
Si on avait croisé la route d’iLiKETRAiNS à travers l’EP Progress/Reform, la nouvelle arrivée en gare des Anglais, avec Elegies To Lessons Learnt, constitue l’une des attractions de cette rentrée musicale. Car il faut bien admettre que la formation de David Martin a immédiatement trouvé sa voie avec un Progress/Reform ayant réussi à proposer une synthèse du meilleur de la cold-wave et du post-rock tout en montrant une attirance singulière pour le monde ferroviaire.
Au-delà d’un nom atypique ou encore des accoutrements de ses membres en employés de la société des chemins de fer britanniques, l’univers iLiKETRAiNS se caractérise par l’omniprésence de la noirceur et de la tristesse. Plus sombre que Progress/Reform, cet Elegies To Lessons Learnt conserve la marque de fabrique du quintette de Leeds avec ses textes profondément originaux, ces derniers renvoyant inlassablement à l’histoire anglaise. Ainsi, la voix ténébreuse de David Martin nous fait le récit d’un village victime de la peste bubonique (l’inaugural "We All Fall Down"), du grand incendie de Londres ("Twenty Five Sins"), de l’assassinat du premier ministre "Spencer Perceval" voire du procès des sorcières de Salem ("We Go Hunting"). Et si iLiKETRAiNS semble être doté d’un don pour la description réaliste, le groupe brille également par de longs crescendos, ponctués d’explosions, apportant à cette musique crépusculaire une tension à nulle autre pareille. Cela dit, le fait qu’iLiKETRAiNS use et abuse de ce format nuit quelque peu à un ensemble devenu, dès lors, un rien trop prévisible. Malgré cette redondance au niveau des structures, les compositions des Anglais demeurent toujours aussi classieuses tandis qu’elles continuent à nous abreuver de cette mélancolie glacée si prégnante. Et provoquant un réel sentiment de dépendance.
Au bout du compte, Elegies To Lessons Learnt est donc un album plaisant dont les qualités sont résolument proches de l’EP (Progress/Reform) qui avait fait connaître iLiKETRAiNS. Et quand bien même l’atmosphère qui s’en dégage est aussi romantique que gelée, on est en droit de se demander comment le groupe pourra évoluer car, il faut l’avouer, un nouvel album de ce type ne ferait que répéter une formule que le groupe maîtrise à la perfection.
Chronique de Gaylord (Xsilence)
A peine le disque a-t-il commencé que l'on se retrouve dans des paysages désolés, brumeux, froids et nocturnes, dont on ne partira plus : on réalise qu'on est perdu et prisonnier, l'album ne laissant aucun répit. Ces contrées inhospitalières et lunaires sont vides, mais en même temps on ressent une sorte de présence inquiétante, qui les hante plus qu'elle ne les habite.
On se rend vite compte que la mort est omniprésente dans les chansons composées par ces Anglais de Leeds, ville industrielle sinistrée du Nord, l'un des terreaux du rock gothique au début des années 80. Avec des titres comme "We All Fall Down", "Death Of An Idealist" ou "Death Is Not The End", pouvait-il en être autrement ?
On se trouve ici au croisement de deux chemins, celui de la cold-wave du début des 80's et celui du post-rock de la fin des 90's. Le groupe emprunte au premier l'art d'esthétiser les tourments de l'âme humaine, la mélancolie et la froideur, et au second les arrangements climatiques et les montées en puissance. L'album réussit à ne pas tomber dans les clichés propres à ces deux courants, et d'autre part à les marier avec harmonie. Le groupe s'est en effet trouvé une véritable identité, on ne peut les comparer à aucun autre, ni les classer dans un style bien défini.
Le chant grave, déclamatoire (mais sans excès), un peu théâtral, presque menaçant, rappelle un peu ceux de Ian Curtis ou de Nick Cave, ou, plus près de nous, celui d'Arnaud Mazurel de Jack The Ripper. Les riffs de guitare se déploient en nappes rugueuses et presque planantes en même temps. La batterie est particulièrement inventive. La basse est en retrait. Le tout est parfois réhaussé par des cordes voire des cuivres, qui ajoutent au côté grandiloquent et quelque peu halluciné des compositions. Les paroles sont belles et sombres, mais on est encore loin du génie d'un Nick Cave ou d'un Ian Curtis.
L'album est bon voire très bon, mais il y manque quelque chose qui aurait pu le conduire vers le sublime. Il s'écoute d'une traite, en un bloc glacé et monolithique. Aucun morceau ne se détache vraiment : pas de composition faible, pas non plus de pièce extraordinaire. Cependant, chaque chanson vit de sa vie propre, finit par se différencier des autres au fil des écoutes.
Elegies to Lessons Learnt pourrait constituer la bande son d'une tragédie contemporaine à la mise en scène moderne mais inspirée des grands anciens. Il est rassurant de constater que la mort a encore de beaux jours devant elle.