Chronique de Sugar Kane (Xsilence)
Non. Grow Up And Blow Away surprend, dès les premières secondes, par le côté très doux qui se dégage de l'album.
Les synthés sont toujours présents (plus même que d'habitude), les guitares aussi (moins que d'habitude), mais quelque chose a changé. Sur cet album, Metric maîtrise parfaitement son sujet. Chaque titre possède une ligne mélodique imparable, et surprenante. Emily Haines, dont la voix n'a pas changé, illumine les morceaux. Attention, l'album est doux, mais pas mou. On reconnaît certains prémices de ce que sera Metric aujourd'hui, notamment au niveau des arrangements batterie de Scott-Key. Cependant, certains morçeaux sont inhabituels pour Metric, comme "Rock Me Now" ou "Raw Sugar", qui sonnerait presque rythm & blues (le refrain surtout). Emily Haines nous montre une nouvelle fois sa polyvalence vocale. Il se peut que beaucoup de fans soient déconcertés à l'écoute de cet album, étant donné qu'il est quand même assez loin du coté rock dancefloor des précédants opus. Mais une fois la surprise passée, on redécouvre le groupe dans des contrées jusque-là inconnues, dans un style où l'on n'imaginait pas Metric. Le résultat est néanmoins toujours impeccable, le groupe étant capable de nous tirer des mélodies incroyables sur chaque morceau, avec une facilité presque surréelle ("On The Sly" par exemple, ou "Soft Rock Star", qui est pour moi le meilleur titre du disque avec son refrain exceptionnel). En écoutant ce disque, on dérive lentement, on se laisse emporter sur des vagues de synthé, c'est chaud et moelleux... Le disque fait un peu plus d'une demi heure, ce qui me laisse d'habitude mécontent. Ici pourtant, la disposition des morceaux est parfaite, et le disque s'écoute d'une traite, aucun morceau ne fait tâche. Pour conclure, on trouve Metric dans un style inhabituel ici, assez loin des 2 autres albums. Cela décevra sûrement ceux qui aiment le côté plutôt disco-rock de Metric. En revanche, les habitués de l'album solo d'Emily Haines, Knives Don't Have Your Back seront moins surpris et pourront apprécier l'album.
Chronique de Nicolas (Goûte Mes Disques)
Que les fans de Metric ne se réjouissent pas trop vite, Grow Up And Blow Away n’est pas le nouvel album tant désiré de leur groupe préféré. Que du contraire, il ne s’agit de rien d’autre que le premier opus, enregistré en 2001, de la formation de Toronto qui bénéficie enfin d’une sortie digne de ce nom après être resté de longues années dans les tiroirs. Peut-on dès lors parler de réédition ? Prenons la tangente en annonçant tout simplement que le tracklisting initial fut remanié et un titre ajouté ("London Halflife"), celui-ci étant présent sur l’EP Static Anonymity. Voilà donc de quoi plonger dans la préhistoire d’un groupe présent sous les projecteurs depuis sa prestation live dans Clean, le film d’Olivier Assayas.
Cependant, la sortie tardive de ce premier album de Metric pose la question de savoir s’il est bon de fouiller si loin dans la discographie d’un groupe ? En effet, on ne crachera pas sur ce Grow Up And Blow Away mais il est indéniable que ce dernier ne montre pas la formation canadienne sous son meilleur jour. Bien sûr, on peut y percevoir l’ébauche des éléments qui feront le succès de Metric mais Grow Up And Blow Away demeure avant tout un album pop-rock un rien trop gentil. Si des morceaux comme "Grow Up And Blow Away" et "On The Fly" permettent de faire la jonction avec le Metric de Old World Underground, Where Are You Now ?, on ne retrouve pas encore la fougue disco-rock et les bombinettes dancefloor de la formation d'Emily Haines. Alors que l’ambiance est ici plus feutrée, Metric, qui n’était alors qu’un duo, n’hésite pas à délaisser l’electro-pop façon Cardigans pour s’essayer au R’n’B ("Raw Sugar") voire au trip-hop ("The Twist"). Un signe qui ne trompe pas…
En conclusion, on sent bien que Grow Up And Blow Away est l’œuvre d’un groupe qui tâtonne. Quoi de plus normal quand on débute ? Mais plutôt que de tirer sur le pianiste, on conseillera cet opus aux seuls inconditionnels de Metric qui verront dans cet objet une façon de combler un vide discographique. Quant aux autres circulez, il n’y a rien (ou pas grand-chose) à voir !