SubHuman

SubHuman

Recoil

18 / 20 2007 Mute Album / CD

Chronique de Gnrf (Xsilence) 19 / 20

Posté le 26/06/2008
Grandiose, ironique, désespéré, et unique.
Depuis bientôt un an j'écoute ce disque presque toutes les semaines, et c'est à chaque fois une découverte. C'est d'abord la voix graveleuse, profonde et en même temps si aérée de Joe Richardson qui m'a intrigué, avec les choeurs de "Prey", qui fait office de single et d'ouverture au disque, choeurs tellement surprenants que je le prenais presque comme un gag. Ensuite on laisse s'écouler les plages suivantes, gardant certainement une impression d'intense recherche et de compositions poussées, mais difficile de décortiquer tout ça d'une traite. Trop lourd, trop complet, indigeste.
Alors on pourrait laisser tomber là, et se rediriger vers quelque oeuvre plus facile d'accès. Mais le talent qui ressort de cette galette par grosses gouttes étincelantes fait qu'on se doit d'y revenir. Avec patience.

Alors, morceau par morceau, instrument par instrument, la musique se découvre par couches selon les affinités de chacun, et forme finalement un tout indissociable mixé d'une façon tellement géniale qu'on ne peut que s'en régaler. On se régale par le blues chaud et crasseux qui est à la base des morceaux, tirés du répertoire du Joe Richardson Express, power trio mené par Joe Richardson (je vous assure) s'exécutant dans le Mississipi, dont Alan Wilder a proposé de reprendre les chansons, et de les retravailler à sa sauce. On se régale donc du travail d'orfèvre dans la recomposition des morceaux, des ajouts d'électro qui s'y sont faits et des mélanges des genres qui arrivent à préserver la tonalité si particulière de l'univers créé dans cet album. On se régale en fait du choc provoqué par l'opposition entre les instruments traditionnels et les techniques modernes de gestion des morceaux. C'est propre et bien lisse, mais ça prend aux tripes. Il y a de l'électro, mais on y garde un mouvement terriblement humain (et le batteur y est pour beaucoup). Les basses sont rondes et lourdes et s'imposent comme des évidences.

Et pourtant derrière tout ça, il reste un message, qui nous annonce sur le ton de l'ironie et dans des grands élans gospel et motivants, que nous sommes tous des proies, qu'on a pas beaucoup avancé en 5000 ans de civilisation, et qu'on a beau être à la pointe de la technologie, on reste des sous-hommes vu tout ce qu'on pourrait faire de positif avec ce qu'on a entre les mains, alors qu'on continue à nous entretuer. Si la poupée du visuel de la pochette est assise sur une bombe, ça n'est pas pour rien.

Ce disque est un véritable chef-d'oeuvre d'innovation, et est résolument tourné vers l'avenir. On ne peut rien modifier de cet édifice, tellement il est solide, mais il nous indique certainement une voie à prendre pour faire progresser les conceptions que l'on a de la musique, et celles que l'on a du système dans lequel nous vivons. Ce disque est une étape, et un véritable bijou.

Retour à l'accueil