Ash Wednesday

Ash Wednesday

Elvis Perkins

16 / 20 2007 XL Album / CD

Chronique de X_Keyser José (Xsilence) 16 / 20

Posté le 05/06/2007
Ash Wednesday est un album écrit sur la perte, la perte d'un père et d'un acteur, mort du sida en 1992, la perte d'une mère et photographe renommée, décédé le 11 septembre 2001, dans un avion qui devait aller s'écraser sur les tours jumelles de New York. Un album comme une thérapie. La prise de risque est assumée, il faut jouer sur ses sentiments sans trop en faire, sans trop rendre ce disque plombant pour ceux qui l'écoutent. Le pari est réussi pour Elvis Perkins, notamment car dans un registre folk lunaire il a su alterner les chansons douloureuse avec celle plus joyeuse, parce qu'il se s'enferme pas dans une victimisation qu'on aurait cependant bien du mal a lui reprocher. A l'image de "May Day", un titre lourd de sens, qui se montre cependant porteur de joie, un grand ensemble musicale composé de trompette, de banjo et d'un chœur nous rassure sur la volonté d'Elvis d'aller de l'avant et de ne pas parler que de sa tristesse. Bien sur celle-ci est évoquée notamment sur le magique "Ash Wednesday", où sur de délicates notes de guitare, une légère batterie et une discrète contrebasse, Elvis énonce plaintivement à la manière d'un Thom Yorke ce mercredi de cendre, ce 12 septembre qui marqua un profond sentiment d'impuissance de la part de n'importe quel américain et encore plus de la part d'Elvis, qui se retrouve complètement orphelin. Certainement le morceau le plus touchant de cet album qui en compte aussi bien d'autre, citons par exemple "It's Only Me" où Elvis, seul à la guitare évoque ses cauchemars d'enfant. Malgré des titres assez évocateurs comme le très beau et épuré "It's A Sad World After All", la plupart de ses chansons sont plutôt énigmatique ("Sleep Sandwich" ; "Emiles Vietman In The Sky") quand au sens qu'il faut leur donner ce qui leur donne un air poétique. Elvis affirme ainsi son très bon songwriting, preuve qu'il peut durer avec un tel talent d'écriture et que cet album, post 11 septembre n'est qu'une première pierre.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 17/08/2007

J'aurais tant aimé que le statut de «fils de» dont Elvis Perkins a hérité bien malgré lui n'ait pas été l'élément qui m'ait permis de découvrir cet album. J'aurais tant aimé avoir entendu ces compositions à fleur de peau sans la moindre mise en contexte, souvent propice à des avis hâtifs et mal avisés. Mais voilà, force est de reconnaître qu'avec un père acteur (Anthony Perkins alias Norman Bates dans Psychose) mort du SIDA et une mère photographe et actrice (Berry Berenson) décédée lors ses attentats du 11 septembre 2001, il était difficile de ne pas passer à côté du passé familial et surtout de ne pas avoir celui-ci à l'esprit au moment de juger le travail de Elvis Perkins sur Ash Wednesday.

D’ailleurs, tant le titre de cet album que les paroles de certaines chansons qu’il contient pourraient laisser penser que les évènements tragiques qui ont émaillé la vie d'Elvis Perkins ont à tout jamais imprégné son écriture d'une souffrance bien légitime mais parfois malsaine quand elle est surjouée. Heureusement pour nous, il n'en est rien sur ce Ash Wednesday d'une rare beauté. En effet, ce premier album émeut par cette mélancolie sous-jacente qui le parcourt de bout en bout et qui ne se place qu’occasionnellement aux avant-postes. Version moins geignarde de Bright Eyes, plus épurée d'Okkervil River et aussi émouvante que les meilleures ballades d’un Damien Rice, la musique d'Elvis Perkins respire la sincérité par tous les pores. Exception faire de l'enjoué et efficace « May Day ! », Ash Wednesday est un enchaînement parfait de crève-cœur pleins de pudeur qui plaira à tous les amateurs de folk subtile aux arrangements épars. Et bien que le disque perde quelque peu en intensité sur plusieurs titres de sa deuxième partie, on peut difficilement en vouloir à un artiste capable, à l'instar d'un M. Ward ou d'un Benjy Ferree, de nous pondre avec une évidente facilité des joyaux d’intemporalité tels que « While You Were Sleeping » ou « Moon Woman II ».

Qu’il soit seul à la guitare ou accompagné de son groupe, qu’il chuchote ou qu’il gueule, qu'il nous fasse sourire ou pleurer, Elvis Perkins nous prouve à onze reprises qu’il a choisi de ne pas considérer les évènements tragiques qu’il a enduré comme un laissez-passer illimité pour un univers fait de titres aussi ennuyeux que larmoyants. Sage décision donc que celle prise par Elvis Perkins qui, l’air de rien, s'impose comme l'une des révélations de cette année 2007.


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