Priest=Aura

Priest=Aura

The Church

19 / 20 1992 EMI Album / CD

Chronique de UpToTheSkies (Xsilence) 19 / 20

Posté le 31/03/2010
Comment commencer à évoquer cet album ? Je crois qu'il faut y revenir, faire ce retour constant qu'exige de nous cette musique de terres arides et de cimes toujours plus hautes. Il y a quelque chose qui nous ramène aux pieds de Zarathoustra dans cet album.
A la fois voyage intime dans des paysages mentaux de grande étendue, dans des décors sublimes et à jamais perdus, tandis que souffle le vent sur des terres ravagées par la guerre et la folie des hommes. Cet album joue sur plusieurs ambivalences et ambiances, des contradictions qui se dépassent. A la fois une ascèse musicale, épurée, mais portant une certaine noblesse, et un chaos sensuel et charnel projetant sur nous tout ce que la vie peut nous faire éprouver à l'horizon de prochaines destructions et révélations.
Défaisant les illusions, cette musique est sombre mais toujours légère, jamais elle ne se contente de la lourdeur de l'air du désert. L'esprit virevolte au gré des mouvements et s'évade dans ces impressions éphémères, là où le psychédélisme entraîne dans un beau voyage initiatique et parfois magique, sans oublier les mélodies soignées.
Mais point d'opium pour nous endormir et nous faire cligner de l'oeil, la musique transfigure le chaos et pose sur ses mouvements incontrôlés de grandes toiles où viennent s'incruster des jeux de couleurs étonnantes, là où un premier regard pouvait ne pas se repérer, dans une forme monolithique et noire, mais chercheurs de vérité il faut laisser le regard percer !
Que le propos soit rêveur ou terriblement tragique, quelle que soit la perspective, le gouffre de nos tourments se trouve dépassé par cet acte créateur d'intensités. Le groupe est artiste dans son propre théâtre de la cruauté.
Album mélancolique, mais aussi en prise avec le danger, souvent combattif, mais jamais vengeur. Il y a quelque chose de rare et raffiné chez eux. Une tension permanente, des jeux de séduction et des chutes.
Mais pas de déluges d'effets, toujours de la retenue, une émotion contenue, un ton désillusionné qui pourtant ne s'attache pas au pessimisme que des passions tristes et des amours déçus pourraient provoquer, et pointe toujours à l'horizon un mince espoir, un point vers lequel regarder dans l'attente d'un Grand Midi salvateur.

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