Rock Bottom

Rock Bottom

Robert Wyatt

20 / 20 1974 Virgin Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de Haï (Xsilence) 19 / 20

Posté le 27/03/2009
On dit souvent que Rock Bottom est LE disque de Robert Wyatt, comme Astral Weeks est LE disque de Van Morisson, ou What's Going On, LE disque de Gaye, très véridiquement d'ailleurs dans ces deux derniers cas. Cela me paraît inexact. Il y a deux tendances diamétralement opposées chez Wyatt : la tendance abyssale et la tendance stratosphérique, lumineusement éthérée.
Rock Bottom est l'aboutissement de la première tendance comme Old Rottenhat, celui de la seconde.
Dans les abysses, il y a de la noirceur, beaucoup de noirceur, mais aussi des flashs de couleurs très vives : Rock Bottom est ainsi. Le plus stupéfiant peut-être dans cette musique est l'impression de jungle luxuriante (sous-marine sans doute) qui en ressort, comparée à l'économie de moyens déployés. En gros, la trame est faite ainsi: percussions, basse et claviers wyattiens, dont pour la première fois l'extraordinaire orgue-jouet (extraordinaire par les sons qu'il parvient à en tirer) devenue traditionnelle chez lui. Là-dessus, perforant la trame tels des éclairs multicolores, interviennent des instuments variés, généralement un seul par morceau, tous sans exception d'une inspiration géniale : le piano par Wyatt dans "Sea Song", la trompette de Feza dans "Little Red Riding"..., la clarinette de Windo dans "Alife", les guitares de Oldfield ou Wyatt dans respectivement "Little Red Robin"... et "A last Straw". Et puis bien sûr la voix (les voix?) de Wyatt, proprement inouïe dans toute l'histoire de la musique, une sorte de respiration de bête poursuivie par la meute, de descente vertigineuse de l'âme damnée vers le marais infernal ! Hum... On ne peut pas être de sang-froid en parlant de ce disque. Et encore moins en l'écoutant, si on des oreilles pour.
Ce disque a 35 ans, un très bel âge, et ne montre toujours pas la moindre trace de vieillissement : que dire d'autre ?

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