Era Vulgaris

Era Vulgaris

Queens Of The Stone Age

17 / 20 2007 Interscope Album / CD  Vinyle

Chronique de Chad (Xsilence) 14 / 20

Posté le 23/01/2009
Era Vulgaris. Un bel album qui sonnait comme une promesse. Après le très moyen Lullabies To Paralyze, et son ignoble pochette, QOTSA nous revenait avec un artwork kitchissime, certes, mais plus dans l'esprit du groupe depuis ses débuts, celui qui avait fait son succès. Le petit côté cradingue qu'il avait perdu dans la production du dernier. Entre l'expérience EDM, les Desert Sessions et Lullabies, on se demande encore comment Homme a trouvé le temps de pondre cette galette, il y a du Zappa ou du John Frusciante dans ce rythme de production, la collaboration avec une ribambelle d'artistes différents en plus.
L'ouverture nous apaise : "Turnin' On The Screw" s'ouvre sur un riff quasi-indus énorme. Mais la période stoner (Josh renie d'ailleurs le mot) est bel et bien de l'histoire ancienne. Le morceau tient très bien ses 5 minutes porté à bout de bras par ce riff sophistiqué un peu "garagisé" pour rester punchy.
L'influence de Reznor devient vraiment évidente sur le second morceau et single, "Sick, Sick, Sick" malgré l'absence de la voix du pape de l'indus. Pourtant le morceau est pauvre et tient peu la distance d'écoutes répétées. Manque d'ambition. On retrouvera la marque indus plus loin sur "Battery Acid".
Non, le point fort de cet album, ce sont ses rythmiques à contretemps (entr'aperçues sur Turnin' On The Screw) mais qui sont sublimées sur la troisième piste "I'm Designer". C'est une machine infernale qui donne envie de bouger son petit popotin comme un marathon-dancer des 80's. Un hymne même quand les paroles transpercent la gangue de musique pour nous frapper de plein fouet : "The thing that real for us is fortune and fame/ All the rest seems like work" ou "I'm high-class / I'm a whore / I'm actually both". Autre démonstration de la "machine infernale" dans "Misfit Love" et "Battery Acid" (bien que ce dernier morceau soit un peu stéréotypé, hormis la cassure du refrain).
La suite est moins glorieuse, malheureusement.
Homme a-t-il cédé aux injonctions de sa maison de disque ? Produire deux singles bien formatés pour la radio ? Histoire de capitaliser sur son nom de plus en plus connu.
Si il s'en tire plutôt bien sur "3's And 7's", titre bien péchu, aux riffs vaguement tarantinien parfois, c'est sur l'autre qu'il se plante.
La sirupeuse ballade "Make It Wit Chu" repipée des Desert Sessions tombe comme un peu sur un cheveu sur la soupe. On s'y ennuie, d'autant que la version originale portait en elle la grâce de PJ Harvey. Elle n'a rien à faire sur l'album et encore moins étouffée entre "Battery Acid" et "3's And 7's". Tant qu'à parler de ballades, on est loin de la réussite que pouvait être l'excellentissime "Auto Pilot".
Les quatre derniers morceaux restent pour moi un mystère, tant je ne parviens à m'enthousiasmer pour aucun – je coupe d'ailleurs souvent l'album à l'intro de "Suture Up Your Future". Ce genre de morceaux mous du genou, nous rappellent que sans Nick Oliveri, quoi qu'on en dise, la moitié de l'identité des QOTSA s'est délavée. Et les voix plaintives de Josh Homme sur ce morceau à l'instrumentation insipide (malgré une tentative d'élévation sur les dernières trente secondes) me donnent des haut-le-cœur.
Reste "River On The Road", le fameux "River On The Road", qu'on compare aux grandes réussites du groupe "Song For The Deafs" ou "I Think I Lost My Headache", n'en parlons pas. Décevant et surproduit. Même constat pour "Run, Pig, Run" – qui à la différence des deux autres bénéficie d'une instrumentation très solide. Les plaintes chantées de Homme massacrent l'album. L'ennui finit tranquillement son bonhomme de chemin sur le dernier morceau, malgré les efforts de l'ensemble du groupe pour tenter de donner un peu de relief aux compos.
On passe donc du chaud (le début) au froid (la fin) sur cet album inégal aux allures de fourre-tout qui peine à retrouver une unité qui se délite invariablement. QOTSA expérimente. Mais bon Dieu ce que Nick Oliveri me manque ! La nouvelle "ère" n'a rien de "vulgaire" sans lui.

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