The Queen Is Dead

The Queen Is Dead

The Smiths

19 / 20 1986 Rough Trade Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de Pumpkin Ben (Xsilence) 18 / 20

Posté le 26/06/2007
Ne serait-ce qu'avec la pochette de l'album seulement (tirée du film L'insoumis, avec Alain Delon), le ton est donné : une atmosphère romantique, empreinte de lyrisme, et aux fortes effluves de littérature anglaise (Oscar Wilde en tête). Il règne dans cette oeuvre un climat indescriptible, un parfum typiquement britannique, juxtaposé à un romantisme français évident : l'intro du morceau d'ouverture, un extrait du film de 1962, The L-Shaped Room, confirme cette impression (un groupe d'Anglais vivant en France, chantant en choeur "Take Me Back To Dear Old Blighty") ; The Queen Is Dead est donc implicitement lié à ces deux facettes : le contraste entre ce vert viride et ce rose, entre la noirceur et la provocation...

Les Smiths ont concoté un album à la fois traditionnel et étonnant : si la guitare ingénieuse de Johnny Marr et la voix si particulière de Morrissey sont toujours là, The Queen Is Dead représente bel et bien l'âge d'or de leur carrière : les 10 morceaux de l'album sont variés, passent d'un rock épique avec la chanson éponyme à de véritables hymnes bouleversants ("I Know It's Over", "There Is A Light That Never Goes Out"), tout en ne négligeant pas l'humour et l'euphorie passagère ("Frankly Mr Shankly", "Vicar In A Tutu").
Johnny Marr maîtrise sa 6 cordes comme jamais, délivrant arpèges et riffs magnifiques. Le duo basse batterie, lui, est toujours aussi discret et efficace. Quant à Morrissey, il manie les mots comme personne : le leader charismatique écrit aussi bien des textes acides et ironiques ("Bigmouth Strikes Again", "Some Girls Are Bigger Than Others") que de véritables chefs-d'oeuvre d'émotion et de mélancolie.

Sur un titre comme "I Know It's Over", rarement une tension n'aura pu être aussi palpable, aussi transparente ; Morrissey se déchire le coeur en répétant à qui voudra bien l'entendre "Oh Mother, I can feel the soil falling over my head", dans un final époustouflant ne se terminant véritablement jamais. Cette chanson, à travers tant de beauté, d'injustice et de tristesse, et la voix possédée de Morrissey, porte la bande mancunienne au sommet de son art.
De même, "The Boy With The Thorn In His Side" est une chanson poignante, à l'aspect quasi-autobiographique, d'une richesse bien particulère, malgré sa fausse légèreté apparente : Morrissey se met à nu, entame des vocalises enchanteresses, le tout bercé par le génie de composition de Johnny Marr.

The Queen Is Dead est donc d'une richesse incroyable, un manifeste dans lequel se mêlent avec une merveille et une cohérence étranges tristesse, mélancolie, humour, ironie, provocation et noirceur. Seule ombre au tableau : un titre légèrement en décalage avec le reste des morceaux, tant au niveau de la qualité que de son ambiance, "Vicar In A Tutu", et la production peut-être un peu trop approximative...

Cet album n'en reste pas moins une pièce de référence, un véritable bijou de fragilité, de talent littéraire et musical, et d'une sensibilité surprenante. Les Smiths sont décidément un groupe ambigu, aux multiples facettes : mais toutes se retrouvent parfaitement dans The Queen Is Dead. Morrissey, atteignant des sommets, semble donc être un des chanteurs et des paroliers les plus doués du XXème siècle, une icône à ranger aux côtés d'Oscar Wilde, qu'il a lui-même vénéré pendant si longtemps...

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