Sky Blue Sky

Sky Blue Sky

Wilco

18 / 20 2007 Nonesuch Album / CD  Vinyle

Chronique de TheWayYouSmiled (Xsilence) 18 / 20

Posté le 15/05/2007
On peut vous faire croire n'importe quoi. On peut vous faire croire que telle ou telle religion vous promettra le salut, on peut vous faire croire que telle ou telle icône est toujours en vie ou encore que telle ou telle célébrité s'est faite niquée par tel ou tel inconnu (on va pas faire un dessin). Mais une chose est sûre, c'est qu'il n'est plus tolérable qu'on puisse encore vous faire croire que le dernier disque de Wilco serait influencé par une quelconque vague dance (venant d'où, d'ailleurs ?). Parce que si Wilco fait avec ce Sky Blue Sky dans la "dance", alors rassurons nous volontiers: Johnny Hallyday est un subtil poête mystérieux et la Star Ac' déniche de vrais génies du heavy metal.
Un "ciel bleu" comme çelui ci, vous n'en aurez jamais vu d'aussi vivifiant, d'aussi intense, d'aussi profond. Entre touches de poésies lyriques, alt country bien classique ("What Light", authentique !) ou complainte au désespoir, Jeff fait une fois de plus part de manière gracieuse de ses sentiments grâce à une grosse douzaine de morceaux constituant un bon disque consistant, malheureusement un peu trop inégal. En effet, même si la galette s'amorce de manière plutôt affable, quelques passages à vide du genre expérimentation à la Loose Fur completement ratée ("Shake It Off"), ou compositions ennuyantes ("Hate It Here", "Leave Me (Like You Found Me)"), vont ensuite se faire un cruel plaisir à discréditer la belle majorité de magnifiques joyaux. Mais ne crachons pas si vite et si facilement dans la soupe, puisque ces quelques ingrédients fades sont quand même loin de totalement gâcher le plat; Et puis parce que le reste est essentiellement constitué d'arômes rares et envoutantes. Comment ne pas s'abîmer dans la boulimie à l'écoute de "Either Way", de ses textes touchants par son lyrisme et de ses mélodies délicates, comment ne pas abuser de "You Are My Face" et de ses lignes pianotées d'une délicieuse légereté, comment ne pas se rendre malade d'un "Impossible Germany" remarquable pour son élégant détachement de guitare, comment ne pas succomber aux airs de lonesome cowboy proposé par "Sky Blue Sky", comment rester insensibles aux mélodies psychédéliques de "Please Be Patient With Me", comment ne pas fondre en larmes sur la mélancolie ruisselante de "On And On And On".
Et il faut insister, quitte à ce que cet écrit finisse dans une répétition entêtante et fastidieuse; vous ne la remercierez jamais assez à l'écoute de ce nouvel opus.
A quand un album hip hop hardcore?

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 05/07/2007

En 2004, Wilco plaçait la barre particulièrement haut en sortant A Ghost Is Born, l’une des pièces maîtresses de sa discographie aux côtés de Yankee Hotel Foxtrot. L’association de l’écriture fluide de Jeff Tweedy et des délires avant-gardistes de Jim O’Rourke frappait invariablement juste et nous renforçait dans l’idée que rares étaient les groupes qui parvenaient à justifier de manière aussi probante l’appellation « éclectique ». Entre A Ghost Is Born et Sky Blue Sky, le petit nouveau du groupe de Chicago, la situation a sensiblement évolué : O’Rourke s’en est parti vers de nouvelles latitudes bruitistes tandis que Jeff Tweedy s’est débarrassé de sa dépendance à l’alcool et aux médicaments (il carbure désormais au Diet Coke).

Comme on pouvait s’y attendre à la lecture d’un tel état des lieux, la musique de Wilco a quelque peu changé en 2007. On pourrait même dire qu’elle a évolué… quoiqu’il faudrait plutôt parler d’une certaine régression, Jeff Tweedy se plaisant à revisiter tout au long de ce sixième album studio tout un pan de la musique américaine incarnée par des artistes comme Jackson Browne ou Neil Young. Aussi, épuré ou apaisé sont désormais des qualificatifs qui vont comme un gant à Jeff Tweedy et ses ouailles. Cela ne veut pas pour autant dire que Wilco a décidé de jouer la carte de la facilité en nous servant des mélodies aseptisées et calibrées pour plaire au plus grand nombre. En effet, ce que la musique du groupe a perdu en complexité, elle l’a gagné en grâce. Jamais les compositions de Jeff Tweedy n’ont semblé si fluides et lumineuses, parcourues d’harmonies graciles et de solos de guitare savoureux (phénoménal Nels Cline, notamment sur « Impossible Germany »). Bien aidé par un groupe dont l’homogénéité et le talent semblent incontestables, Jeff Tweedy a pu davantage se concentrer sur sa voix, plus délicate que jamais, et qui sait se faire l’écho d’une large palette d’émotions. Enchaînant les ballades gorgées de folk, de country et de soul, le groupe se dévoile sous un jour nouveau qui ne sera pas sans évoquer une version moins bordélique et plus soignée de débuts que beaucoup ont déjà oubliés.

« Either Way », « You Are My Face », « Sky Blue Sky », « What Light » ou « Please be Patient With Me », difficile d’extirper de cet enchaînement de perles intemporelles des titres moins marquants que d’autres. Bizarrement, ces dernières semaines, on a vu les critiques fuser à l’encontre de ce Sky Blue Sky que d’aucuns considèrent comme un oubli dans une carrière jusque-là irréprochable. Il n’en est rien. Jeff Tweedy ne s’est jamais senti aussi bien et cela s’entend sur cet album exempt de tout reproche qui place Wilco et son compositeur principal sur une galaxie que peu visiteront un jour dans leur carrière.


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