Title TK

Title TK

The Breeders

16 / 20 2002 4AD Album / CD  Vinyle

Chronique de Gérard Cousin (Xsilence) 20 / 20

Posté le 17/07/2010
9 ans mes bons amis. Autant dire un monde. Personne n'y croyait. Même pas moi c'est vous dire...
Autant dire aussi que l'attente entre le moment où je repère cet ovni dans le bac et que j'insère le produit fini dans le lecteur est teinté d'appréhension, de nostalgie et d'espoir.

Une petite demi-heure plus tard, je suis hébété, abasourdi, perclus de mélancolie et d'amour. Je viens de trouver MON disque. Pas une note, de la première à la dernière qui ne m'ait été susurrée à l'oreille ou braillée à la gueule avec une sincérité désarmante. Ca m'était arrivé pour Bad Moon Rising, In Utero, Surfer Rosa, Harvest ou Dummy. Une goutte d'eau dans l'océan.

"Little Fury" annonce la couleur: épurés comme jamais, The Breeders a définitivement consigné ses années fastes au placard. Ultra minimaliste, les Deal opposent à l'exubérance sucrée de Last Splash un jusqu'au-boutisme pop sobre d'une élégance,d'une maturité et d'une fragilité sidérantes. La chanson parle d'elle-même, toute en colère rentrée et balbutiante.
"London Song" (probablement la meilleure chanson écrite et produite par The Breeders) continue dans la même veine: une orfèvrerie délicate qui évoque à tout le moins les gloires passées du songwriting inventif dans sa simplicité: Pavement, Guided by Voices, The Vaselines, Nirvana dans ses côtés les plus pop... La chanson est parfaitement balancée entre cassures rythmiques, piques électriques, douceur et éraillement des voix; rarement le talent de Kim Deal aura transparu de façon si claire, si évidente, et si fragile.
Loin d'offir un contrepoids plus léger, "Off You" s'enfonce plus avant encore dans les ténèbres qui hantent Kim et Kelley Deal, qui offre ici une de ses plus belles prestations vocales, encore une fois entièrement dénudée, scintillante dans la pénombre de cette basse à la fois oppressante et rassurante.

Nul doute que si Cobain était encore en vie en 2002 à consigner ses puériles obsessions sur son journal, il aurait beaucoup à dire sur cet album, bien plus que sur Pod.
A l'écoute du glaçant "The She", on comprend subitement que Deal est revenue du "music business" et de la came joyeuse. Le line up original est un souvenir lointain, Kelley se sort difficilement de ses addictions, et l'on devine que l'accouchement de Title TK s'est fait dans la douleur.
Pourtant les traces des marasmes n'alourdissent pas le propos, les chansons sont toujours là sublimes et évidentes, sublimes car évidentes.

Ca ne les empêche en tous cas toujours pas de gorger de soleil certaines complaintes ("Too Alive", "Son Of Three"...) et l'on sent la tendresse de Kim pour son instrument de prédilection dans les lignes exploitées, comme "Put On A Side" par exemple.
En rupture avec le propos, la reprise de "Full On Idle" est une véritable bouffée d'oxygène, tout comme l'adorable "Forced To Drive", mais il restera toujours comme un fond d'acrimonie sous les frasques les plus fantasques du duo au regard de ce double morceau "T and T"/"Huffer", qui surgit comme un dernier soubresaut de revendication existentielle.

Pas une chanson n'est à jeter sur cet opus. Tout est à sa place, des harmonies aux mélodies de Kim seule, des guitares douceâtres ou acides, des breaks indissociables du songwriting fluide. Un des rares albums dont j'ai la certitude qu'il me hantera encore longtemps, tant je l'entends sans avoir besoin de l'écouter.

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