Chronique de Nicolas (Goûte Mes Disques)
A l’écoute de Milk Man et de The Runners Four, on sentait la volonté de Deerhoof de s’orienter vers un format plus pop. Dès les premières mesures de ce Friend Opportunity, la chose se confirme donc bel et bien. Toutefois, il serait mesquin d’y voir une quelconque forme de facilité. Le groupe, redevenu trio après le départ de Chris Cohen, a beau livrer un album d’une accessibilité déconcertante aux yeux de certains fans de la première heure, l’honnêteté les poussera à admettre que le résultat s’avère plus qu’efficace. Et si les comparaisons des débuts sont inévitablement remises en cause, Sonic Youth et Captain Beefheart en tête, Deerhoof n’en a que faire et jongle allégrement avec les styles.
Démarrant par un titre à la rythmique effrénée et d’une extrême fulgurance ("The Perfect Me"), Friend Opportunity fait directement place à "+81", un morceau témoignant à merveille de l’état d’esprit qui habite le trio : une fanfare éclatante qui se transforme en envolées noisy et hard-rock pendant que Satomi Matsuzaki nous fait chavirer avec sa voix enfantine, très proche des chanteuses de Blonde Redhead ou de Stereolab. Quant à Greg Saunier (que l’on retrouve même au chant sur "Cast Off Crown") et John Dieterich, ils assurent toujours autant à la batterie et à la guitare. Ayant su adoucir son propos tout en restant authentique, le groupe propose donc, avec son neuvième album, un collage protéiforme, un fourre-tout débordant d’idées. Et quand celles-ci frôlent le génie, il n’y a rien à redire. Surtout que Deerhoof ne tombe jamais dans la répétition et parvient également à maîtriser des formats plus longs qu’à l’accoutumée ("Look Away").
En 2007, on peut donc affirmer haut et fort que la formation de San Francisco signée sur le label Kill Rock Stars a atteint sa pleine maturité. Connaissant les phénomènes, on ne perd rien à parier qu’ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin mais qu’ils remettront l’ouvrage sur le métier afin de tenter de nouvelles expérimentations. Bien plus qu’un groupe, Deerhoof est un laboratoire où la moindre idée peut prendre corps. Et c’est sans doute cela qui rend le groupe si attachant.
Chronique de Elephantboy (Xsilence)
Révélateur de leur inclinaison à cultiver le paradoxe, la pochette de l'album est livrée en 6 pièces détachées, où se succèdent des graffitis à la fois naïfs et angoissants. Cette curieuse polarité est également transposée musicalement, avec la voix enfantine de Satomi Matsuzaki, qui se fait gronder par des riffs de guitare éparpillés. Même si sa voix est plus que jamais intégrée aux compositions, ces dernières sont comme toujours axées sur les percussions, qui collent mieux à l'orchestration par leur attitude un peu moins dissidente qu'à l'habitude. Finalement, la densité mélodique est rehaussée par des arrangements électroniques singuliers et par l'apparition surprise de quelques gloussements de trompettes.
Friend Opportunity aspire par son charme à être la suite logique de Green Cosmos, un EP lancé silencieusement en 2005, quelques mois avant le rock torturé et psychédélique de The Runners Four. Un album ambitieux qui se clôt sur une pièce de 11 minutes qui rassemble les constituants dansants, expérimentaux et ambiants de l'album.