Armchair Apocrypha

Armchair Apocrypha

Andrew Bird

16 / 20 2007 Fargo Album / CD

Chronique de Popop (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 24/02/2007

Voilà un disque qui risque d’en déconcerter plus d’un – aussi bien les fans d’Andrew Bird que ceux qui découvriraient pour la première fois le jeune prodige au violon et à la guitare qui le démangent (Yves Duteil, si tu nous lis, passe ton chemin). Pour le plus grand nombre, c’est au détour du fantastique The Mysterious Production Of Eggs que l’Américain s’est révélé, quelques mois seulement après la sortie du non moins essentiel Weather Systems. Raffiné volatile, féru de liberté mais point trop volage, le chanteur a dû subir à longueur d’articles toutes les comparaisons aériennes et plumées possibles et imaginables (pour y avoir amplement participé, je fais ici mon mea culpa), et encore plus lorsqu’il s’est accouplé le temps d’un joli gazouillis en duo avec notre hirondelle française, la bien nommée Emily Loizeau.

Je disais donc, voici un disque qui risque d’en déconcerter plus d’un. Car qu’est-ce donc que ce curieux album au nom pour le moins étrange : Armchair Apocrypha ? L'apocryphe du fauteuil ? Je veux bien croire que la quête de l’authenticité soit l’arlésienne d’Andrew Bird, lui qui remet sans cesse en cause et en mouvement sa musique au fil du temps, mais il faut bien avouer que ce titre semble pour le moins incongru. Quant à la musique, c’est encore une autre paire de manches… Contraste suprême, deux choses frappent à la première écoute : l’aridité et la sobriété du son d’une part, l’accroche et les mélodies presque pop de certains morceaux d’autre part. Comme si le génial violoniste avait voulu tenter le grand écart entre ses aspirations de songwriter classique et ses velléités de bidouilleur. Pari réussi ? C’est à voir…

En fait, la quintessence de ce septième album (le troisième sans son ancien groupe, Bowl Of Fire) n’est autre que la scène. Tous les morceaux de Armchair Apocrypha sont en effet nés sur scène et ont évolué, soir après soir, au fil des centaines de concerts donnés par Bird depuis la sortie de The Mysterious Production Of Eggs - en solo ou en compagnie du batteur / multi-intrumentiste Martin Dosh (omniprésent sur ce nouvel album). Pour ceux qui n’ont jamais croisé les deux compères sur scène, le choc risque donc d’être rude. Adieu veaux, vaches, cochons, nappes de violons et minutieux arrangements. Ne restent que les désormais célèbres sifflements de l’oiseau, quelques notes de xylophones et de synthés, la batterie de Dosh et cette guitare électrique omniprésente du début à la fin.

Ceci dit, même pour les inconditionnels du bonhomme, la surprise est grande. Si la trilogie des Fingerlings (albums regroupants des extraits de concerts et des chutes de studio, distribués en catimini lors des concerts ou sur le site officiel) offrait un aspect plus dépouillé de l’œuvre d’Andrew Bird, on était loin de se douter que ce nouveau disque serait, en schématisant un peu, un enregistrement live – sans public et avec juste quelques bidouillages supplémentaires (quelques notes de batterie ici, une voix féminine là). Pour avoir entendu la plupart de ces nouvelles compositions lors de deux concerts donnés l’an passé (l’un à Bruges, l’autre à Paris), force est de constater que l’impact du passage en studio est minimal.

Et alors, me direz-vous… Est-ce si grave ? Eh bien, non. Je l’ai cru un instant, le regard (et l’oreille) sans doute trop plongé dans le rétroviseur de The Mysterious Production Of Eggs. Comme je l’écrivais en conclusion de ma précédente chronique, Andrew Bird est un artiste qui ne peut rester en place. Comment expliquer autrement ce parcours musical exceptionnel, parti du violon classique, passé par la musique de cabaret puis à la pop, au folk et enfin (presque) au rock ? J’attendais un copié-collé habile, du surplace et finalement, en un battement d’aile, l’artiste était déjà ailleurs. Et si l’auditeur a de quoi être désorienté au début, son oreille finit par s’habituer et découvre de nouveaux méandres musicaux, entre la simplicité pop de "Fiery Crash", la rythmique puissante de "Plasticities", les aspérités et les contrepieds de "Armchairs", l’exercice de style de "Simple X" (un morceau de Dosh réinventé) ou la bucolique histoire de "Scythian Empire". Et au milieu de tout ça, "Imitosis", le plus beau titre de l’album, le plus ancien aussi puisqu’il s’agit d’une enième mue musicale du titre "I" d’abord apparu sur Weather Systems, puis ensuite recréé sur scène sous le nom de "Capital I" avant de finir ici sa métamorphose.

Donc oui, le pari est parfaitement réussi. L’écrin est moins précieux, l’approche plus rugueuse, l’apprivoisement plus long, mais l’inspiration, les mélodies et les émotions sont toujours là, en embuscade. Bien malin qui saura dire où se trouvera Andrew Bird dans six mois, un an, deux ans. Qu’importe, l’ornithologue éclairé que je suis devenu se fera un plaisir de le pister…


Chronique de Sam lowry (Xsilence) 15 / 20

Posté le 03/11/2007
Mars 2007 marqua le grand retour de notre génial violoniste-guitariste-chanteur-siffleur-bidouilleur Andrew Bird. Je me décide à écrire cette chronique après avoir essayé d'être allé le plus loin possible dans mon immersion dans Armchair Apocrypha. La plupart des disques de cet artiste me paraissent très difficiles à chroniquer après deux ou trois écoutes. Son univers est si protéiforme, si étrange et immédiat tout à la fois, si proche et si lointain, qu'il faut recommencer plusieurs fois le voyage pour commencer à en apprécier ses contours...
Ce qui frappe tout de suite, avec The Mysterious Production Of Eggs bien en mémoire, c'est à présent cette manière frontale d'attaquer un morceau. Cet album prend intelligemment le contrepied du précédent pour tailler dans la matière brute. L'homme orchestre ne fait pas qu'éviter d'étaler sa virtuosité au chant et au violon, il la met totalement en sourdine. Par moments, on pourrait penser à Shannon Wright, qui conjuge de manière assez proche minimalisme et lyrisme (en plus écorché tout de même pour la miss).
Tout démarre avec un "Fiery Crash" étonnant de simplicité, très pop, mais interprété avec beaucoup de finesse et un souci de ne pas en rajouter.
"Imitosis" reprend les choses où s'étaient arrêtées "I" sur l'album "Weather Systems". Version améliorée, comme l'artiste avait pu le faire pour "Sovay"? Que nenni! Le morceau est placé tel quel pour proposer une relecture plus directe et épurée. Dans le sens de l'album.
Et pourtant, chose fort paradoxale, Andrew va faire preuve par la suite d'un lyrisme sans précédent. Là où la légèreté était souvent de mise avec lui, dès "Plasticities", l'atmosphère vire lentement et inéluctablement à l'orage.
Du haut de ses 7 minutes, "Armchair" est un voyage nonchalant qui se termine en apothéose électrifiée. Andrew hurle presque, dans un moment d'une grande beauté désespérée. Puis "Darkmatter" enfonce le clou en le faisant dépasser d'ailleurs de l'autre côté. Ce morceau, souvent présenté comme le plus impressionnant de l'album, est selon moi intéressant, mais trop plombé par le jeu de batterie, et par un certain manque de finesse (le son de guitare vers la fin me fait penser aux U2 des débuts, ce qui sied assez mal à cette pop sensible et sophistiquée).
Mais heureusement, arrive "Simple X", la chose la plus bizarre que j'ai entendue de M. l'Oiseau et une des plus captivantes. Se plonger dans son écoute vaut mieux qu'une tentative maladroite d'en parler, mais pour le défi (et pour faire envie), je me lance : le morceau utilise des pistes de batterie traficotées qui bondissent à deux doigts de se casser la gueule, le clavier joue un peu faux, et Andrew chante comme une fragile diva. Un morceau qui détonne franchement dans le paysage de l'album, le plus marqué par les anciens délires abstract hip-hop du batteur.
Je passe "Cataracts" qui est une belle ballade ne laissant pas un souvenir impérissable, pour en venir à un autre moment fort : "Scythian Empires". Quand je l'écoute, je vois un vieil atelier encombré de bois et de ferraille rouillée et une magnifique lande déserte. C'est un morceau enveloppant et magistralement expérimental, où de discrètes réminiscences africaines pointent le bout de leur nez de temps à autres (ce qui n'a été remarqué par personne apparemment! Curieux, pourtant j'essaie de rester objectif quand je dis ça).
Puis l'album se termine par des nappes extraterrestres de violon, le sifflement d'Andrew se perdant dans des sifflements d'oiseaux véritables.
Une fin un peu facile, qui rend explicite l'affiliation d'Andrew avec l'oiseau, ce qui méritait de rester à mon avis suggéré au fil des albums.

Conclusion : cet album manque un peu de cohérence, impressionne par sa classe ou déçoit par sa facilité. Dans l'ensemble, Andrew Bird prend des risques et ça lui va très bien. Je ne remets pas en cause la sympathie que j'éprouve pour le bonhomme, ni ses remarquables facilités d'écriture.
Les deux vont de pair.
Mais l'oiseau a du plomb dans l'aile (il fallait que je la sorte, désolé).

Un album déroutant.

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