Initials B.B.

Initials B.B.

Serge Gainsbourg

18 / 20 1968 Philips Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de Gaylord (Xsilence) 18 / 20

Posté le 15/02/2008
Initials B.B., hommage passionnel mais quelque peu désabusé à son premier amour (médiatisé) est sans doute l'un des meilleurs albums de Serge Gainsbourg. On est loin ici du personnage outrancier, provocateur auto-parodique que deviendra plus tard Gainsbarre, on a affaire à un artiste talentueux et même génial. La chanson "Docteur Jekyll Et Monsieur Hyde" n'est-elle d'ailleurs pas à une allusion-pied de nez à cette personnalité quelque peu schizophrénique ?
Le Parisien d'origine juive russe a su s'entourer d'excellents musiciens, et la production et les arrangements sont somptueux, à la fois intemporels et ancrés dans leur époque. L'apport d'Arthur Greenslade, conducteur britannique de musiques des films qui a travaillé pour Cat Stevens ou Diana Ross et qui remplace Goraguier, n'est pas négligeable. L'album est inégal, les morceaux les plus connus sont les meilleurs. Les autres compositions montrent un Gainsbourg très influencé par le Swinging London, guitares sixties, orgue Farfisa et chœurs féminins en avant, et moins intéressant et original ("Marilu" serait même presque un peu agaçant), mais les textes sont tout aussi personnels et littéraires. Gainsbourg, figure incontournable de la chanson française – mais aussi du rock comme il le démontre avec classe sur Initials B.B. –, sait jouer avec les mots, les malaxer et leur donner un sens comme nul autre, avec une dextérité à faire pâlir d'envie n'importe quel écrivain en herbe.
Venons en, à ces morceaux en question. "Initials B.B.", piano tendu, envolées luxueuses, orchestrales et cuivrées, refrain qui donne des frissons dans le dos, paroles grandioses et byzantines (‘Tandis que des médailles/D'impérator/Font briller à sa taille/Le bronze et l'or/Le platine lui grave/D'un cercle froid/La marque des esclaves' – esclave sexuel ?), chœurs sensuels. "Comic Strip", sucré, rythme de fanfare, onomatopées de bande dessinée qui annoncent le chant de Jane Birkin. "Ford Mustang", ‘road movie' et inventaire à la Prévert (‘Un essuie-glace/Un paquet d'Cool/Un badge/Avec inscrit d'ssus/Keep Cool/Une barre de/Chocolat/Un Coca-Cola'). "Bonnie And Clide", chanté en duo avec une Bardot plus indolente et hautaine que jamais, avec son rythme presque martial, ses cordes mélancoliques et décalées, ses fantastiques accords de guitare acoustique, ses ‘hou hou', est une ode à la rébellion perdue d'avance. Qui est ‘In' Qui Est ‘Out'", très swing, très pop-rock sixties (‘Pour les petits gars de Liverpool'), aux paroles particulièrement inventives (‘Moitié bouillon ensuit' moitié gIN/Gemini carbur' pas au mazOUT/C'est extrêm-/ement pop/Si tu es à jeun tu tombes en syncop') qui dénoncent la dictature de la mode (‘Jusqu'à neuf c'est O.K. tu es "in"/Après quoi tu es K.-O. tu es "out"/C'est idem/Pour la boxe/Le ciné la mode et le cash-box') Que dire sur ces chefs-d'œuvre absolus, tellement connus mais qui se laissent redécouvrir à chaque écoute avec un regard nouveau ? Les mots me manquent.
Si toutes les chansons avaient été du même niveau, l'album aurait été l'un des meilleurs de tous les temps, toutes catégories confondues. Ca n'en reste pas moins une œuvre majeure.
Un disque qui sue le sexe (et c'est un compliment).

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