Chronique de Helium (Xsilence)
Posté le 18/09/2008
Voilà un méchant album. Un album bancal, boiteux, brutal. Ici, Lou semble encore plus paumé que d'habitude : c'est le parfait album du looser pour qui tout va de travers, une confession déglinguée d'alcoolique non-anonyme qui craint l'avenir comme on appréhende la lame d'une guillotine. Quasiment entièrement enregistré en live, les morceaux sont casses gueules comme rarement : ça sonne vertigineusement faux, Lou chante comme une chèvre sous acides. Il réutilise son répertoire du Velvet Underground pour sciemment le fusiller : le premier morceau, "Gimme Some Good Times", reprend les grandes lignes de Sweet Jane, et ça sonne aussi jouissif que catastrophique. Les paroles sont ordurières et se foutent ouvertement du fameux hit, c'est de l'auto destruction musicale, c'est à la fois fascinant et pathétique. "Real Good Times" est du même calibre : une ancienne chanson du Velvet massacrée de manière presque malsaine, ça pue l'ironie cocaïnée. Dans Street Hassle, on flirte constamment avec l'agression : "Leave Me Alone" c'est le top de la misanthropie, et "Dirt", clairement destinée à son ancien manager et avocat Dennis Katz, est lourd de menace et envoie gravement au tapis le "Positively 4th Street" de Dylan en matière de mépris.
Mais tout cela n'est rien à côté du morceau titre. Au milieu de ce foutoir apocalyptique se trouve une pièce absolument atypique de presque 11 minutes. Au milieu d'un arrangement de cordes classiques d'une beauté à crever sur place, Lou raconte tranquillement une histoire comme il les aime, une histoire qui sent le caniveau new-yorkais à plein nez. Une étrange relation sexuelle déviante mais néanmoins tendre. Le cauchemar commence à la deuxième partie : l'héroïne meurt d'une overdose minable, et un étrange personnage d'un cynisme monstrueux conseille à l'amant de prendre le macchabée et de le laisser dans la rue pour faire croire à un accident. Le texte est d'une cruauté terrifiante, et, dans la troisième et dernière partie, après quelques vers plus humains chuchotés par l'invité Springsteen sur un ton désinvolte, Lou se lâche complètement. Sa voix, qui n'a jamais été aussi vulnérable, lâche une plainte bouleversante. Et voilà l'animal le plus féroce du rock qui supplie qu'on ne le laisse pas seul. Le voilà, après tant d'horreurs froidement débitées, qui semble demander à ce qu'on le pardonne d'être un connard. Monsieur Metal Machine Music prie pour ne pas perdre la raison. Street Hassle, la chanson, est un tel chef d'œuvre qu'on peut se passer de tout le reste de la musique. C'est plus fort que Berlin, et ça ne dure même pas 11 minutes.
Maintenant, c'est sûr que foutre le mal embouché et crétin I Wanna Be Black Juste derrière, ça ressemble à un crime de lèse majesté.
Mais tout cela n'est rien à côté du morceau titre. Au milieu de ce foutoir apocalyptique se trouve une pièce absolument atypique de presque 11 minutes. Au milieu d'un arrangement de cordes classiques d'une beauté à crever sur place, Lou raconte tranquillement une histoire comme il les aime, une histoire qui sent le caniveau new-yorkais à plein nez. Une étrange relation sexuelle déviante mais néanmoins tendre. Le cauchemar commence à la deuxième partie : l'héroïne meurt d'une overdose minable, et un étrange personnage d'un cynisme monstrueux conseille à l'amant de prendre le macchabée et de le laisser dans la rue pour faire croire à un accident. Le texte est d'une cruauté terrifiante, et, dans la troisième et dernière partie, après quelques vers plus humains chuchotés par l'invité Springsteen sur un ton désinvolte, Lou se lâche complètement. Sa voix, qui n'a jamais été aussi vulnérable, lâche une plainte bouleversante. Et voilà l'animal le plus féroce du rock qui supplie qu'on ne le laisse pas seul. Le voilà, après tant d'horreurs froidement débitées, qui semble demander à ce qu'on le pardonne d'être un connard. Monsieur Metal Machine Music prie pour ne pas perdre la raison. Street Hassle, la chanson, est un tel chef d'œuvre qu'on peut se passer de tout le reste de la musique. C'est plus fort que Berlin, et ça ne dure même pas 11 minutes.
Maintenant, c'est sûr que foutre le mal embouché et crétin I Wanna Be Black Juste derrière, ça ressemble à un crime de lèse majesté.