Attahk

Attahk

Magma

19 / 20 1977 Seventh Album / CD  Vinyle

Chronique de Haï (Xsilence) 19 / 20

Posté le 22/07/2009
La contribution des français à la musique pop/rock, au sens le plus large, aura été minimale. Même les québécois, pourtant une poignée de coureurs de bois, auront fait davantage. Souvent pitoyables ou grotesques, quand ce n'est pas pire (et ce n'est pas le pire qui manque), les Français auront été au mieux bénins. Magma est le groupe qui fait exception (il y a toujours des exceptions à ce genre de règles). Pourtant ce n'est pas pour entonner un hymne patriotique que j'entame cette chronique. Pour une excellente raison : durant des années, j'ai écouté cette musique sans même soupçonner qu'elle pouvait venir de France, et comble de l'ironie, fruit d'un natif du département où j'écris ces lignes.
Ce disque, Attahk (il faudrait que je vérifie l'orthographe : le kobaïen n'est pas ma spécialité) est peut-être la plus belle histoire qui me soit arrivée en musique : vous savez, le genre d'histoires où vous cherchez très longtemps quelque chose, ou quelqu'un, et où vous finissez par trouver. Il faut que je vous la raconte. Mon enquête a commencé longtemps après la parution du disque en question, et en fait longtemps après que le groupe ait disparu, lorsque j'ai entendu pour la première fois la musique de ce groupe. C'était à la radio. Et, distraction de ma part, ou absence d'information du "disc-jockey" (encore un mot à vérifier), le nom du groupe ou de l'artiste m'est resté inconnu. Heureusement, j'avais eu la présence d'esprit d'appuyer sur le bouton "enregistrer".
Ma première impression a été extraordinaire : une musique qui ne ressemblait à rien, originale en diable, alliant la froide puissance du boa constrictor et la grâce folle d'un derviche tourneur en pleine crise. Le langage utilisé n'était pas clair. Je croyais entendre quelques mots d'anglais perdus au milieu de ce baragouin, mais j'en entendais aussi quelques autres mal identifiables, peut-être du néerlandais ou du javanais. Diable ! D'où est-ce qu'ils sortaient ces gars-là ? (je dis "ils" car j'avais repéré les 2 voix solistes masculines contrastées, grave/aiguë, me faisant supposer qu'il s'agissait d'un groupe). Ou bien des extraterrestres qui avaient parasité ma radio, ce qui aurait expliqué l'absence d'annonce ? Cela y ressemblait en tout cas.
Durant encore des années, je suis resté avec mon mauvais enregistrement, cherchant vainement à apprendre le nom de ce groupe mystérieux. En fait, mes recherches étaient biaisées dès le départ car j'avais éliminé d'office les groupes français, suivant la règle indiquée plus haut. Le nom de Magma ne m'était pas inconnu mais leur musique oui, et je supposais, au vu de leur pedigree, qu'il s'agissait d'un de ces innombrables groupes hippies alliant l'amateurisme à la franchouillardise ordinaire. Pas mon genre. Finalement, je tombai par hasard sur un article parlant de ce groupe et j'appris qu'ils avaient inventé leur propre langage, le kobaïen. Tiens, tiens, me dis-je. J'allai donc chez mon disquaire et farfouillai dans les M. Sur mon enregistrement ne figuraient que 2 titres tronqués, peut-être fortement. Néanmoins certaines syllabes répétées m'avaient marqué : "don daï", que je croyais être alors "don't die". Et voilà que l'un des titres de l'album que je tenais entre les mains s'appelait justement : "Dondaï (To An Eternal Love"). Du kobaïen + de l'anglais. Le sous-titre convenait parfaitement car l'écoute de cette musique me procurait à chaque fois le sentiment que j'étais immortel, ou éternel, sentiment dangereux mais très agréable.
J'achetai le disque, le posai sur la platine et... bingo, en plein dans le mille ! J'avais enfin trouvé. Ma longue quête avait pris fin. "Seven Minutes" était en effet l'un des 2 morceaux enregistrés.
Voilà.
Avec le recul, était-ce vraiment aussi bon ? Réponse : Oui pour les 2 titres dont j'ai parlé. "Gospel" est également de ce tonneau (miraculeux, divin, bachique, etc). En revanche, comme toujours avec Vander, il y a de fortes inégalités : du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas. "Maahnt" présente certaines petites incongruités que je vous laisse découvrir - des vulgarités comme l'admet lui-même Vander - rendant l'écoute un peu pénible. Et "Nono", après un début excellent offre le plus laid solo de guitare qu'on ait jamais osé posé sur de la bonne musique (le pire étant néanmoins la pochette, hideuse : personnellement, je l'ai retournée pour ne plus la voir). "Lirik Necronomicus Kant" et l'instrumental "Rindë" sont eux plutôt bons, mais sans atteindre le niveau des 3 précités.
Néanmoins il y a là 3 véritables joyaux qui entreront probablement au panthéon du rock, un jour ou l'autre. "Dondaï", toute nostalgie mise de côté, est certainement ce que Vander a fait de mieux, et donc, pour l'heure ce que ce pays a produit de mieux en la matière.

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