Chronique de Abe-sapien (Xsilence)
Posté le 26/07/2007
Avant de se lâcher complètement en composant des albums tous plus originaux les uns que les autres, Serge Gainsbourg tenta de percer dans la chanson française par la grande porte. On trouve donc dans tous ses premiers disques ce jazz de bar qu'il affectionne, des textes ciselés, des vocalises originales... La qualité est indéniable mais les critiques, toujours plein d'objectivité, lui préfèrent les mièvreries de la variété française. Tiens, mais rien n'a changé en fait!!
Dans les années 1950 en France et ailleurs, la musique n'avait pas encore explosé pour devenir un art populaire comme aujourd'hui. Le déclic se produira avec l'arrivée à maturité des enfants du baby-boom. Les seuls artistes vendant des disques sont alors inscrits dans une chanson française traditionaliste et fermée. Mais Paris ayant accueilli les artistes jazz américains, une fusion s'opère en sous-sols entre ces deux styles. Un jazz urbain se mêle à des textes puissants. Boris Vian s'y fera une place non négligeable avant de devenir mentor du petit Serge Gainsbourg qui se contentait alors, en attendant des jours meilleurs pour sa carrière de peintre, d'exercer son immense talent musical en devenir en accompagnant toute cette faune au piano.
En 1958, suite aux multiples déconvenues subies dans diverses expositions de ses oeuvres, Gainsbourg détruit toutes ses toiles et va déposer, en face de chez lui à la SACEM, quelques chansons jazzy déjà éprouvées dans les caves. Il enregistre alors son premier 78 tours Du Chant A La Une. Mais si l'artiste se cherche encore pas mal à cette époque, ce disque contient tout de même l'essence du style Gainsbourg.
Les textes tout d'abord : superbement écrits, drôles, décalés ou graves et empreints du malaise qu'il éprouvait face à lui-même. Sa fausse misogynie, découlant de son physique ingrat, est également déjà au rendez-vous. Mais ce qui tranche surtout avec ce qui se faisait à l'époque, c'est la peinture amère des moeurs dépassées de cette société pré soixante-huitarde. Amour, sexe libre, libération de la femme mais aussi emploi, mépris des artistes, gouffres entre les classes sociales... Alors qu'il faudra attendre dix ans à cette société pour s'épanouir, Gainsbourg anticipe déjà ce profond changement.
Musicalement, on sent que Serge Gainsbourg a du vécu. On est loin de la chanson à textes plan-plan. Ici les partitions valent le détour et ne sont pas juste là pour porter la voix. Il se permet même de torpiller des règles périmées : changements de rythmes, utilisation de gimmicks cinématographiques (on y pressent déjà l'excellent compositeur de bandes originales à venir)... Il pose là-dessus sa voix grave et désabusée parfaite pour déclamer ses textes acides. Pour accentuer la noirceur, il évite toute envolée et reste dans une monotonie que beaucoup lui reprocheront alors qu'elle fait tout le charme de son chant.
Visionnaire dans ses textes et ses audaces, on trouve déjà dans cet album ce qui fera le charme de Serge Gainsbourg. Tellement visionnaire d'ailleurs, qu'il faudra attendre qu'une génération qui l'a à peine connu fasse éclater au grand jour son génie unique et rare.
Dans les années 1950 en France et ailleurs, la musique n'avait pas encore explosé pour devenir un art populaire comme aujourd'hui. Le déclic se produira avec l'arrivée à maturité des enfants du baby-boom. Les seuls artistes vendant des disques sont alors inscrits dans une chanson française traditionaliste et fermée. Mais Paris ayant accueilli les artistes jazz américains, une fusion s'opère en sous-sols entre ces deux styles. Un jazz urbain se mêle à des textes puissants. Boris Vian s'y fera une place non négligeable avant de devenir mentor du petit Serge Gainsbourg qui se contentait alors, en attendant des jours meilleurs pour sa carrière de peintre, d'exercer son immense talent musical en devenir en accompagnant toute cette faune au piano.
En 1958, suite aux multiples déconvenues subies dans diverses expositions de ses oeuvres, Gainsbourg détruit toutes ses toiles et va déposer, en face de chez lui à la SACEM, quelques chansons jazzy déjà éprouvées dans les caves. Il enregistre alors son premier 78 tours Du Chant A La Une. Mais si l'artiste se cherche encore pas mal à cette époque, ce disque contient tout de même l'essence du style Gainsbourg.
Les textes tout d'abord : superbement écrits, drôles, décalés ou graves et empreints du malaise qu'il éprouvait face à lui-même. Sa fausse misogynie, découlant de son physique ingrat, est également déjà au rendez-vous. Mais ce qui tranche surtout avec ce qui se faisait à l'époque, c'est la peinture amère des moeurs dépassées de cette société pré soixante-huitarde. Amour, sexe libre, libération de la femme mais aussi emploi, mépris des artistes, gouffres entre les classes sociales... Alors qu'il faudra attendre dix ans à cette société pour s'épanouir, Gainsbourg anticipe déjà ce profond changement.
Musicalement, on sent que Serge Gainsbourg a du vécu. On est loin de la chanson à textes plan-plan. Ici les partitions valent le détour et ne sont pas juste là pour porter la voix. Il se permet même de torpiller des règles périmées : changements de rythmes, utilisation de gimmicks cinématographiques (on y pressent déjà l'excellent compositeur de bandes originales à venir)... Il pose là-dessus sa voix grave et désabusée parfaite pour déclamer ses textes acides. Pour accentuer la noirceur, il évite toute envolée et reste dans une monotonie que beaucoup lui reprocheront alors qu'elle fait tout le charme de son chant.
Visionnaire dans ses textes et ses audaces, on trouve déjà dans cet album ce qui fera le charme de Serge Gainsbourg. Tellement visionnaire d'ailleurs, qu'il faudra attendre qu'une génération qui l'a à peine connu fasse éclater au grand jour son génie unique et rare.