Chronique de TiComo La Fuera (Xsilence)
Posté le 13/11/2008
Days To Come est LE disque de Bonobo. Simon Green est ici à l'apogée de son art et démontre avec cette production léchée qu'il ne vient pas de Brighton que de la grisaille anglaise. Parce que passé un stade l'électro entièrement instrumental ne se suffit plus à lui-même, le monsieur chamboule ses habitudes et s'octroie le privilège de retomber entièrement dans les bras de ses premiers amours à savoir soul et jazz. On avait déjà senti cette passion pour ce dernier ainsi que pour les sonorités orientales sur ces précédents albums mais là l'anglais semble visiblement vouloir se défaire doucement de toute programmation électronique directe pour aboutir à une séance résolument ancrée dans cette authenticité jamais réellement avouée. Sous ces semblants de jazz session privé et ô combien intimiste, Green a le don de nous faire frémir sur un downtempo intuitif. Légèrement débarrassé de sa tâche première pour n'en faire plus qu'un mince lit dans lequel pourra gracieusement couler le ruisseau fluide, subtil et vivifiant de cette prise de responsabilité certaine. Libéré donc de tout amas de beat superflus (déjà peu nombreux), Days To Come laisse la voie libre à un envol qui semblait désespéré dans des sphères peuplées de batterie feutrée, de contrebasse caressante et de ce saxophone plus que jamais envoûtant sur "Transmission 94 (Parts 1 & 2)", summum de l'album d'une jouissance absolue. On a affaire à un canevas beaucoup moins dense et millimétré de ce dont on avait l'habitude, qui caracolerait presque avec le free jazz sur "On Your Mark", et offre des structures simplifiées notamment par l'amincissement de l'emprise drum & bass dans le jeu de Bonobo. Et puis, gardons le pour la fin, il y a la collaboration de Bajka avec sa voix aiguisée qui fait mouche pour ce genre de chant de haute voltige. Profondément soul, suave et équilibrée qui nous ferait presque oublier que le temps continue de tourner pendant qu'elle prête son timbre à trois titres superbes. L'apparition de Fink est également la bienvenue sur "If You Stayed Over", irréprochable dans une écriture d'une qualité constante. Enfin pour finir et nous affirmer ainsi qu'à lui-même qu'il restera sans doute à jamais notre éternel cousin à l‘évolution retardée, Green n'a pas pu s'empêcher de nous livrer sur un second disque les titres ‘featured' en version instrumentale. Comme pour nous montrer qu'il restera malgré tout maître de sa destinée, fidèle à lui-même et à sa tribu. Les bonobos.