Murray Street

Murray Street

Sonic Youth

16 / 20 2002 Geffen Album / CD  Vinyle

Chronique de Abe-sapien (Xsilence) 17 / 20

Posté le 04/07/2007
En réécoutant cet album de Sonic Youth avec un recul de quelques années, on se rend compte qu'il n'a pas perdu son atmosphère si particulière. Taxé de facilité et d'excès de mélodie (peut-être dû au fait de passer après la perle barrée NYC, Ghosts & Flowers), Murray Street se révèle en fait très chargé en sensations diverses et beaucoup plus complexe et dense qu'une écoute rapide ne peut le présager.

Derrière cette apparente facilité, due aux mélodies très simples et facilement assimilables, se cachent en fait des ambiances variées et puissantes. La durée des morceaux joue beaucoup dans la mise en place des ces différentes atmosphères. Le groupe avait plus ou moins adopté un format standard pour ses morceaux depuis Goo ; ils pulvérisent ici leurs limites et proposent des titres beaucoup plus longs. Chaque morceau se voit donc composé de multiples plans s'enchaînant afin de bâtir des constructions à tiroirs. Même si les mélodies peuvent sembler pop par leur simplicité, c'est grâce à ces structures alambiquées que Sonic Youth pose ses ambiances. Les enchaînements d'un plan à l'autre produisent des climax, des montées, des chutes, des précipitations...

On navigue, au cours de Murray Street, dans des océans colorés ou sombres au gré des vagues que le groupe nous envoie. Les peintures les plus complexes sont élaborées au cours de "Disconnection Notice" et "Karen Revisited". Le premier, sur un rythme lancinant, enchaîne des mélodies urbaines et désabusée pour, au final, se révéler très étouffant. Le second, après une première partie typique du morceau 'à la Ranaldo' complètement hypnotisante, voit le groupe renouer avec l'abstraction et le larsen. Enorme orage sonore avant une accalmie apaisante et reposante pour finir dans des limbes éthérés. "Radical Adults Lick Godhead Style" se place également dans les meilleures plages de l'album par une fin chaotique, magique et totalement envoûtante.
Finalement, seul "Plastic Sun" détone et casse un peu l'ambiance du disque. Trop rapide, trop dissonant, trop agressif. Il aurait eut sa place sur un ancien album du groupe mais fait ici assez tâche. Il empêche de garder jusqu'à la fin les sensations d'évasion, de tension ou de flottement présentes sur tous les autres morceaux.

En bref, un album qui montre sa vraie face après une implication complète. C'est souvent le cas avec Sonic Youth. On peut difficilement assimiler un de leurs albums complètement de façon rapide. Il faut savoir s'y replonger même si la première impression n'a pas été satisfaisante. Une musique exigeante demande des auditeurs attentifs et patients...

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