Chronique de Adrien (Goûte Mes Disques)
Harpiste de génie, Joanna Newsom fait son petit bout de chemin, lentement mais surement. La fée enchanteresse originaire de San Francisco, forte de 2 EP (Whalnut whales, Yarn and glue) et d'un 12 titres (Milk eyed mender) qui avait émerveillé par sa sensibilité à fleur de peau, réitère en 2006 avec une incantation plus effective encore: Ys.
Dans toute la tradition celtique, la princesse du folk psyché nous invite le temps de cinq ballades au cœur de contrées fantastiques dont elle seule en détient le secret. Comment sinon évoquer Ys, nom d'une cité légendaire bretonne qui vit, au sommet de sa prospérité, son engloutissement. Aussi, tout l'esprit de son premier effort y est retranscrit, plus approfondi et maîtrisé encore. A constater par l'apparition de nouveaux instruments, une mandoline, un banjo, des percussions, tous accompagnant le savoir-faire de Joanna Newsom à la harpe, en grande virtuose qu'elle est.
De sa voix enfantine, elle expose, à travers des allusions fantastiques, un portrait autobiographique tout en retenue, où sont dépeints aspirations, angoisses et rêves. Une oeuvre picturale que miss Newsom et sa clique (Van Dyke Parks aux arrangements, Steve Albini à l'enregistrement, Jim O'Rourke au mixage) subliment, mettant volontiers au défi les codes de la création artistique. Il en ressort un album épris de liberté, entre un instrumental suranné et une durée des morceaux comprises entre 7 minutes grand minimum à près de 17 unités.
En somme, Ys est tout sauf un album sans surprises, tant la densité des mélodies et de la prose de cette californienne aux doigts de fée ne peuvent que subjuguer l'auditeur. Ainsi, dès l'introduction de "Emily"(en référence à sa soeur ainée), la miss nous exhorte à l'évasion le long d'un voyage pittoresque de cinq étapes où se lient douceur et amertume.
On retiendra finalement de cette véritable épopée musicale la sensibilité d'une artiste accomplie, dont la voix nasillarde pleine d'authenticité est au service de compositions mélodieuses, fluides et limpides. Laissez vous entraîner par cette poétesse hors du commun au coeur d'un rêve éveillé à l'issue duquel on ne peut rester indifférent. Grandiose.
Chronique de Vamos (Xsilence)
Pendant 55 minutes, Joanna Newsom nous convie à un fantastique voyage en 5 étapes. Ce ne sont pas des chansons auxquelles on a affaire. Ce sont plutôt des comptes musicaux, complètement oniriques et possédant chacun leur trame. Leur longueur étonne : entre 7 et 17 minutes. Leur qualité étonne encore plus ! La structure des compositions laisse pantois. Pas de refrain, uniquement de riches odyssées musicales, qui commencent lentement avant de s´emballer, puis revient une accalmie suivie d´une séquence... On est constamment surpris par les changement de rythmes et d'ambiance. Joanna semble vraiment raconter une histoire. Cela est d´autant plus impressionnant si l´on considère l´accompagnement. Notre harpiste est uniquement accompagnée de violons et de flûtes discrètes, la plupart du temps utilisés pour soutenir les envolées lyriques de Joanna.
Mais les trois-quarts du temps, les doigts de fée de l´artiste font des miracles sur la harpe et jouent des notes d´une infinie pureté. Les mélodies proposées sont tour à tour intimistes, oniriques ou épiques, et les transitions se font naturellement.
Enfin, comment ne pas évoquer la voix habitée de Joanna ? Nasillarde et surprenante, elle arrive à atteindre des sommets d´expressivité dans chacun des registres utilisés. Très charismatique, elle est à l´origine d´une grande partie de la magie qui se dégage de cette œuvre. (Quoiqu´avec la harpe, mon cœur balance !)
Pas étonnant qu´elle n´ait pas encore donné de suite à ce bijou. Rare et précieux.