End Hits

End Hits

Fugazi

18 / 20 1998 Dischord Album / CD

Chronique de Abe-sapien (Xsilence) 18 / 20

Posté le 09/06/2007
Jugé comme assez décevant à sa sortie comparé au chef d'oeuvre Red Medicine, End Hits, avec le recul, ne déparait pourtant pas du tout dans la discographie de Fugazi. Plus posé, plus mélodique et beaucoup moins expérimental que son prédécesseur, cet album reste néanmoins incontournable.

Fugazi n'est jamais là où on l'attend. Impossible de prévoir avant la sortie d'un nouvel album la direction que prendra celui-ci. Le groupe compose en fonction de son état d'esprit du moment sans vraiment se préoccuper de ce que les fans attendent, ni tabler sur leurs réussites précédents pour assurer la qualité. Cet album est donc le plus 'calme' qu'ils aient sorti jusqu'alors; la maturité forçant peut-être cet abandon de la fougue et de la hargne de la jeunesse. End Hits n'est tout de même pas dénué de morceaux enragés pour autant.

La principale caractéristique de cet album, c'est le soin apporté aux mélodies. En effet, rarement les partitions de guitares ont été si complexes et fines. Le groupe avait déjà composé des titres dans le style mais ici c'est l'album complet qui tend dans cette voie. Même les morceaux énergiques et bien punks s'inscrivent dans cette mouvance. "Caustic Acrostic" ou "Place Position" malgré leur fougue comportent des breaks alambiqués et une composition plus complexe que de simples riffs. Les expérimentations n'ont pas été complètement mises de côté. Le groupe s'essaie à des nouveaux sons, des arrangements originaux ou des atmosphères inédites ("Floating Boy" ou la très sombre "Pink Frosty").
Sinon les irrésistibles morceaux rocks habituels sont présents. "Guilford Fall" ou l'excellent "Foreman's Dog" marquent à nouveau une évolution dans le style du groupe. Pas seulement grâce à l'aspect posé général de l'album mais aussi par une nouvelle manière de composer les lignes de chant. Du coup ces morceaux sont plus facilement accessibles et préfigurent la future direction que prendra Fugazi. Les morceaux au groove énorme (souvent amené par Joe Lally), tels "Closed Captioned" ou "Recap Modotti", partent eux aussi dans cette direction plus 'ouverte'. En découle finalement un album qui, une fois assimilé, reste plaisant à écouter en partie grâce à cette facette plus mélodique.

Au niveau des paroles, par contre, Fugazi ne lève pas le pied. Toujours aussi virulents, contestataires et engagés, les textes analysent à nouveau la société américaine par les yeux de personnes farouchement intègres et plus que jamais les pieds sur terre. Sans logis, phagocytage des pays par les sociétés multinationales, american way of life... les Etats-Unis et les sociétés occidentales sont à nouveau passées à la moulinette du groupe.

Pas la peine d'aller plus loin, End Hits n'a pas à rougir face aux albums considérés comme 'majeurs' de Fugazi. C'est à nouveau un enchaînement de morceaux incontournables et indispensables. Comme d'habitude rien n'est à jeter. Le groupe à perdu sa rage et devient de plus en plus mélodique mais ça n'impacte en rien son efficacité.

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