In The Absence Of Truth

In The Absence Of Truth

Isis

18 / 20 2006 Ipecac Album / CD  Vinyle

Chronique de Head (Xsilence) 18 / 20

Posté le 21/01/2007
Afin de masquer la médiocrité de certains albums, on a cette fâcheuse tendance à préconiser les écoutes répétées, censées nous amener à la lumière du disque. Dans le cas du dernier Isis, la banalité, véritable couperet pour les (trop nombreuses ?) sorties discographiques, est le sentiment qui domine au premier contact. Car là où Panopticon recelait de joyaux d'une force de persuasion quasi-immédiate ("So Did We", "Altered Course"), In The Absence Of Truth se montre d'abord avare en matière d'émotions. Néanmoins, l'émotion, on la sent déjà, palpable, planquée derrière ces architectures mélodiques requérant un d'exigence pour se livrer pleinement.

Laisser le temps au temps et faire fi des commentaires d'auditeurs trop tôt déçus, c'est peut être l'unique issue pour admettre qu'en fait, cet opus est grand, un chef-d'oeuvre à retardement, à la fois différent et pétri du même génie que celui de son prédécesseur. Isis a changé la donne, évité l'erreur de l'album-bis qui aurait séduit un temps, puis ramené à un niveau inférieur par rapport à sa référence. Inévitablement, le quintette s'éloigne encore un peu plus des sphères métal, histoire de brouiller le sens des étiquettes, et s'affirme une nouvelle fois en tant que leader d'une scène qu'il a initiée. Davantage apaisées, les neuf compositions semblent plus insaisissables qu'auparavant, chaque riff en amenant un autre sans que la cohérence de l'ensemble ne saute aux yeux. Pourtant, au fur et à mesure, cet univers à priori complexe et hermétique finit par vous happer. L'atmosphère brumeuse de la première moitié de "Over Roots And Thorn", la verve finement maîtrisée de "Not In Rivers, But In Drops", ou le final grandiose de "Dulcinea", ne sont que quelques instants, qui au gré de leur découverte, finissent par reconstituer un puzzle audacieux. Le soin apporté à la texture sonore des instruments permet une large palette de nuances (notamment cette basse à la reverbe typique), et donne à chaque titre un supplément d'âme appréciable. Aaron Turner éructe toujours de la même manière ses paroles, tantôt chantées tantôt hurlées, mais globalement, le gaillard s'est assagi dans ses lignes vocales, et se refuse à donner une interprétation précise de ses textes.

Isis tient entre ses mains l'avenir d'un rock progressif sans cesse en quête de nouveaux horizons, qui après s'être nourri d'influences métal évidentes, tend aujourd'hui vers une forme d'absolu musical. Une oeuvre majeure de l'année 2006 donc. Pour les néophytes, l'écoute au préalable des efforts précédents est tout de même recommandée. Ne serait-ce que pour comprendre la démarche artistique passionnante de nos Américains.

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