The Outsider

The Outsider

DJ Shadow

9 / 20 2006 Island Album / CD

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 12 / 20

Posté le 18/09/2006

Incompréhension, perplexité, désappointement, questions sans réponses… Ce sont les mots et concepts qui reviennent le plus quand on repense à ‘The Outsider’ de DJ Shadow. Une introduction préventive qui semble être déjà la conclusion de cette chronique qui va citer texto ce que l’on pense tout bas. Peut-être parce que c’est une façon d’extérioriser les impressions et la frustration quant à cette œuvre batârde (pas au sens péjoratif soyez rassurés), malgré tout le respect que l’on doit à son auteur.

oO(Mince, c’est quand même DJ Shadow! Le savant du Trip Hop! Le Créateur de ‘Endtroducing’ et ‘The Private Press’!)

A la lecture de la trackliste, il y a de quoi halluciner en voyant la liste des featurings : E-40, Turf Talk, The Federation, Keak Da Sneak… Que des rappeurs de la Bay Area! Lecture de ‘The Outsider’, « This Time (I’m Gonna Try It My Way) » démarre excellement sur des influences funk/rock des années 70 mais impossible d’enlever cette appréhension, celle de tomber sur les prochaines pistes où figurent nos amis californiens adeptes de la culture Hyphy (le cousin westcoast du Crunk).

oO(Il y a même David Banner… mais bon sang c’est quoi ce délire? On va où là??? Je n’arrive pas à y croire… aïe aïe aïe!)

Des fois, ce n’est pas forcément bien d’avoir des préjugés avant même d’écouter. Seulement là, DJ Shadow a vraiment produit du son Hyphy, avec des rythmiques énergiques gavées en bass beats. Il est tout bonnement méconnaissable, c’en est douteux tellement c’est produit de façon très propre. C’est original comme collaboration et comme démarche, mais ce n’est pas du tout du Shadow. Pas que ça ne lui convienne point, juste qu’on a du mal à se faire à l’idée qu’il ait osé faire ça. Le verdict : sans avis (…). Remarquez que toutes ces chansons-là ont été regroupées en première partie de disque, de « 3 Freaks » à « Seein Thangs », peut-être pour passer directement à la piste 8 si ça ne plaît pas?

oO(Et encore, « Dats My Part » de E-40 vient se placer tout à la fin avec le remix de « 3 Freaks »… Franchement, je ne comprends pas du tout où il veut en venir)

D’autres MCs participent à cette partie d’échec. Pas la peine de tilter sur Q Tip, il a beau avoir son flow unique et sa voix nasillarde caractéristique, il pose sur un instrumental qui manque cruellement de pêche (« Enuff »). Pour ceux qui ont pu se procurer ‘Kamaal The Abstract’, cela devrait passer plus aisément. Phonte des Little Brother s’essaie quant à lui austorytelling sur « Backstage Girl ». C’est conceptuel, ça dure sept minutes, et l’instrumental qui intègre de la guitare rock pourrait faire passer notre lyriciste pour une rock star.

oO(C’est dommage parce qu’il y a un travail de recherche derrière, mais des idées qui ne se concrétisent pas vraiment… semi-déception…)

En seconde partie de ‘The Outsider’, on retrouve un DJ Shadow inspiré et familier en revenant à un Trip Hop originel (« Triplicate », « What Have I Done » feat Christina Carter). En quête de diversité (comme on a pu le constater), les ambiances passent du country/blues (« Broken Levee Blues ») à une bande-son fictive de western (« Something Happened That Day ») en passant à de la pop/rock sur « You Made It » et « Erase You » featuring Chris Martin…euh James pardon.

oO(C’est vrai que son style ressemble à un peu à celui du chanteur des Coldplay)

On ne peut pas aller à l’encontre de la volonté et le choix artistique d’un artiste adulé et respecté, même lorsqu’il fait des erreurs de parcours. Le titre de cet album est bel et bien justifié quand on y pense, DJ Shadow fait réellement figure d’outsider dans la mesure où il a voulu composer sur des courants en dehors du Trip Hop et auxquels il a rien à voir. Nouvel album oui, expérimental non. Quoique… il faut compter la prise de risque. On le pardonnera pour cette fois, si on est fan de.

oO(Mmmh j’aurais bien mis un petit 14 car la qualité est là… mais mon amertume a revu la note à la baisse.)


Chronique de X_Bassetian (Xsilence) 9 / 20

Posté le 19/09/2006
Haaa, enfin, le troisième album de DJ Shadow. Bien sûr à acheter les yeux fermés dès la sortie et à vénérer à la première écoute.

Gloups, c'est quoi ce disque ? Shadow a multiplié les guests (dont Q-Tip) pour alterner des morceaux hip-hop de supermarché au flow douteux et pas emballants à des morceaux plus 'profonds'.
Résultat: un disque mal inspiré, très peu homogène et surtout pas assimilable à ce qu'on peut attendre d'un disque du bonhomme.
Même l'instrumentalisation est pénible avec des synthés à deux balles (laissez-moi rire doucement à l'écoute de "Keep Em Close"...). A quand une collaboration avec The Streets ???

Mais est ce que je ne me suis pas trompé, est ce qu'un fâcheux aurait usurpé le pseudo de Josh Davis pour vendre une galette douteuse... Ben non, et malheureusement.
Bon, il y a bien des choses 'shadowiennes' mais en regard de ce que peut produire RJD2, par exemple, c'est pas le Pérou. On est bien loin de l'imaginatif et de la force de ses deux premiers opus. Trois albums en dix ans, deux chef-d'oeuvres et une... erreur.

Heureusement "The Tiger", "Erase You", "What Have I Done" et son complémentaire à la Coldplay "You Made It" (elles se suivent en plus, comme pour s'excuser des difficiles début et fin d'album) m'ont empêché d'aller rendre le disque au magasin en prétextant qu'on me l'avait offert ou je ne sais quel bobard pour l'échanger contre le dernier Ratatat ou Cassius (qui sont tous deux excellents, je vous les conseille au passage).
Alors il paraît que son son tourne vers le 'Hyphy'. Petit tour sur la Wiki et on peut y lire que c'est un mouvement musical saint-franciscain qui est proche du 'Crunk'...
Mazette, Shadow influencé par les fluctuations de la mode, je n'y crois pas.
Pire : j'ai lu qu'il estimait que The Outsider était son meilleur album. On n'est pas rassuré !

Je viens d'écrire une chronique sur DJ Shadow, une de mes idoles... Que j'aurais souhaité être plus cool... Mais là ce n'est pas possible, je suis colère !

Chronique de Nico (Abcdr du Son)

Posté le 12/12/2006

‘Hate me now’. Retour en 1999. Passé le virage délicat du second opus (It was written), toujours difficile à négocier, Nasir Jones dévoile la suite d’une carrière solo débutée sur les chapeaux de roue. L’acte trois s’intitule I am… et subit de front le feu des critiques. L’ex-prodige, porté aux nues après Illmatic, goûte au retour de flammes. ‘Hate me now’, extrait de cet album, symbolise cette discorde, le lynchage en règle d’un ex-génie prisonnier de son image et crucifié par son propre public.

‘Hate me now’. Célébré régulièrement comme le Saint-Père par une foultitude d’aficionados depuis le séminal Endtroducing (1996), devenu le symbole vivant de tout un courant musical et idéologique, DJ Shadow aurait pu dérouler. Recycler jusqu’à plus soif ses compositions, resservir la même bidoche à un public hypnotisé par son image et prêt à remplir – avec le sourire – son tiroir-caisse. Après tout, la formule est suffisamment éprouvée pour être suivie une nouvelle fois aveuglément. The Outsider, suite du justement célébré The Private Press (2002), aurait pu être l’album de la continuité. Il est en réalité celui de la rupture. Brutale. Une rupture qui ressemble à un grand bras d’honneur adressé à un public prompt à enfermer son auteur dans un carcan. ‘Hate me now’.

Passés les avertissements bienveillants, rentrons au cœur du sillon. Livré sans boussole, The Outsider est un maelström d’émotions aux courants variés, une multiplication de (fausses) pistes flirtant parfois avec la sortie de route. Plus que jamais branché sur courant alternatif, il réunit un paquet d’inspirations, compositions et autres collaborations éparpillées depuis près de trois ans.

Alternant concentré de hyphy à la nitroglycérine (‘3 Freaks’, ‘Turf Dancing’, ‘Dats My Part’), punk-rock tendance Motörhead (‘Artifact’), blues (l’excellent ‘Broken Levee Blues’) ou guimauve pop chiante (‘Erase you’), ce joyeux bordel prend des allures de vraie-fausse compilation. Et aussi surprenant soit-il, ce patchwork est avant tout le digne reflet des influences extrêmement variées et parfois inattendues de notre DJ san franciscain. Incroyablement sucré et un rien amer, il désarçonne d’emblée. Moins présentable, moins accessible, ce petit ovni atteint au moins un de ses objectifs : décoller toutes ces étiquettes, même flatteuses, collées autour du bonhomme.

Évidemment, il était difficile de faire l’unanimité avec un plan de route aussi ambitieux. Admettons-le, il faut même parfois entamer une véritable ode à la patience pour adopter certaines inspirations (‘Erase you’ et ‘Keep Em Close’ notamment). Néanmoins, un certain nombre de pépites se révèlent au travers des écoutes, à commencer par l’harmonieux ‘This time’, exhumé d’un vieux studio californien et le déglingué et hautement jouissif ‘Turf Dancing’ de The Federation & Animaniaks. Sortons également du lot ‘Seein Thangs’ avec David Banner – un concentré de rap sudiste post-Katrina – et l’aérien ‘Triplicate/Something Happened That Day’.

Impossible d’afficher un pragmatisme absolu à l’heure d’accoucher d’un avis définitif et sans appel sur cet étonnant The Outsider. Libre à vous de déterminer s’il est proprement fascinant ou complètement insupportable. Après tout, la musique est avant tout une question de perspective et d’interprétation. Hate me now ?


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