Real Life

Real Life

Magazine

18 / 20 1978 Blue Plate Album / CD  Vinyle

Chronique de Slowdown (Xsilence) 19 / 20

Posté le 18/04/2009
Real Life, est un des touts premiers albums à avoir annoncé la mutation introspective, angoissée mais aussi "raisonnée" d'un certain nihilisme punk sous perfusion romantique en ce qu'il est convenu d'appeler la "new-wave", au sens large...
Certains passages, voire certains morceaux, renvoient donc à l'urgence et la nervosité du punk (comme par exemple "Recoil"). Fort de son expérience chez le groupe "punk-pop" définitif, les Buzzcocks, Howard Devoto, leader et chanteur du groupe en a gardé certains "tics" comme ce chant cinglant, méprisant et narquois qui rappelle sans ambiguïté celui de Johnny Rotten. Il s'éloigne pourtant à l'occasion de ces mimiques pour accéder à un chant beaucoup plus personnel et à la sensualité vénéneuse, s'adaptant à des compositions réfléchies et percutantes. Car la principale originalité de cet album, c'est d'être parvenu à concilier l'inconciliable, soit la spontanéité et le coté vindicatif du punk avec des compositions relativement concises mais parfois très élaborés.
Les influences du groupe sont en effet variées, du glam rock (par exemple "Burst" et son coté très Roxy Music), au psychédélisme ("The Great Beauticism"...) et en passant par le Krautrock (comme, entre autre, sur certains passages de "The Light" pour "Out Of Me"). Et les musiciens savent jouer, allant même jusqu'à donner à plusieurs morceaux une tournure "progressive" pour le moins inhabituelle sur une scène qui s'est en partie constituée par le rejet de ce style. Et c'est aussi ce qui fait de Real Life une oeuvre unique en son genre et qui explique, peut-être en partie, l'oubli relatif de ce groupe essentiel.
Mais c'est peut-être avant tout la présence des synthétiseurs qui annonce une ère nouvelle et qui renvoie pour une bonne part et avec un certain coté visionnaire, au lyrisme froid d'une certaine nouvelle vague rock des années 80. N'allez toutefois pas croire que les guitares soient pour autant exclues du jeu ou reléguées au second plan comme elles le seront sur les 2 albums suivants du groupe : elles sont encore bel et bien présentes et constituant "l'ossature" de plusieurs morceaux.
Il résulte ainsi de cet amalgame d'influences, d'instrument et de talents, mais aussi d'une production de qualité, un brassage subtil d' émotions qui combinent avec dextérité et non sans humour (écouter à ce propos "Parade"...), cynisme, désespoir, agressivité mais aussi lyrisme, sensualité ou encore théâtralité.
Et puis on ne saurait parler de Real Life sans évoquer le sens mélodique exceptionnel de Magazine comme, par exemple, sur le refrain sensuel, aérien et incantatoire de "Burst". Real Life fait ainsi sans conteste, et haut-la- main partie, les albums les plus riches et passionnants et de cette époque de profondes remise en questions musicales, brassant avec une intelligence corrosive et une sensibilité racée, des influences disparates et qui sont sublimées pour accéder à un nouvelle dimension : celle des lendemains qui déchantent, de la perte de sens et de la dérive des sens mais sans que soient pour autant exclues toute trace d'espoir.
Nul doute qu'avec les deux et ultimes albums suivant du groupe, il restera comme une des influences déterminantes des nouveaux courants musicaux, et dans une certaine mesure, le reflet d'un certain état d'esprit, à la fois fataliste et hédoniste, en train de voir le jour au Royaume-Uni au début des années 80.

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