Chronique de Machete83 (Xsilence)
Posté le 12/01/2016
Closer, le classique de Joy Division... En voilà une bête à analyser, à commenter, à comprendre... Le truc qui est devenu une Bible pour les Gothiques , un disque qui serait "indépassable"... Le testament de Ian Curtis et tout ce qui va avec...
Il faut déjà être d'une humeur extrêmement joviale avant d'attaquer l'écoute de cet album, dont on sait déjà rien qu'à la pochette qu'il ne va pas nous emmener au pays de Groquick. Le jaune (sur le format CD) entourant la photo de Pierre Bernard Wolff n'est en effet pas celui du soleil ou de l'idole 80's sus-citée qui a mystérieusement disparu au profit d'un lapin insupportable. C'est un jaune qui donne pas envie, austère, le même que dans certains murs de toilettes publiques où il ne fait pas bon s'égarer.
Après avoir ingurgité de l'Anafranil, un peu de Deroxat, du Laroxyl, de l'Humoryl (taper dans Google "Anti dépresseurs célèbres" selon votre résistance et vos préférences) et un peu de Valproate de Sodium pour l'épilepsie (on ne sait jamais...), vous pouvez vous jeter corps et âme dans ce disque.
Normalement, on pourrait conseiller d'écouter Closer seul, dans le noir, ou par un jour très gris, ou très pluvieux avec un ciel bien chargé. Cependant, assurez vous qu'il y ait quelqu'un dans vos parages. N'oubliez pas non plus de ne pas laisser traîner quelconque cordage ou objet coupant, ce serait idiot, vous avez encore plein de disques à écouter.
Plus sérieusement, la production générale franchit un seuil de complexité et de variété par rapport au premier album: c'est indéniable. Martin Hannett avait déjà fait des miracles sur Unknown Pleasures, à l'aide d'effets très simples, qui rajoutaient de la vie (c'est peut-être pas le bon mot) ou du moins un certain dynamisme à l'ensemble. Ici, c'est encore plus subtil, c'est un brouillard cotonneux, un fond de cale éloigné dans un espace dimensionnel qui a sombré dans l'oubli.
La musique a également gagné en maturité: on est loin du punk des débuts et des structures simples, les rythmiques de Stephen Morris et les lignes de basses de Peter Hook sont obsédantes (bien qu'il soit dommage que certaines ne soient pas plus mises en avant), les guitares de Sumner créent plus d'ambiance et ne se limitent plus à de simples riffs, et le chant de Ian Curtis est habité, profond comme jamais.
Ces deux aspects (production et musique) donneront le statut qu'à Closer aujourd'hui, le tout embaumé dans l'aura du suicide de Curtis, survenu après l'enregistrement.
On retiendra donc la fabuleuse rythmique d'"Atrocity Exhibition", la boucle de basse d'"Isolation" et leurs textes habités, la répétition hypnotique de "Heart And Soul"...Chacun reconnaîtra tel ou tel morceau de gloire...
Un disque profond, travaillé, emblématique... Il serait vain ici de contredire ces statuts: Closer est bien tout cela, et sinon plus, mais on peut lui préférer la force, l'énergie, le dynamisme, l'évidence et la simplicité de son prédécesseur qui est malheureusement souvent plus représenté en t-shirt qu'écouté de nos jours.
Ainsi, par son désespoir poisseux qui transpire par toutes les stalagmites et stalactites de la grotte d'où il semble résonner, Closer peut vite transparaître comme un disque enflé, lourd et ankylosé (et se poser ainsi comme une remise en question directe de l'esprit de la Compagnie Créole et autres Patrick Sébastien...). D'accord, on savait qu'on était pas là pour déconner, mais écouter un disque, c'est avant tout prendre du plaisir (même ceux qui nous sont inconnus ou encore coupables...). La dépression s'accumule titre après titre, jusqu'au duo final "The Eternal/ Decades". On peut trouver ça beau, être emballé par tel riff, telle mélodie, se plonger complètement dans l'ambiance...Mais ce plaisir, si cher à Herbert Léonard, n'a plus de place...La tristesse s'instille peu à peu, finit par être trop présente pour vraiment s'y jeter corps et âme, pour revenir à l'idée du début. Attention, cette tristesse, cette déréliction, cet isolement ne sont jamais démonstratifs: ils sont sincères et authentiques et Closern'a pas volé sa place dans l'histoire du Rock. Mais vous l'aurez compris, il y a des plaisirs qui font beaucoup plus de bien...
Il faut déjà être d'une humeur extrêmement joviale avant d'attaquer l'écoute de cet album, dont on sait déjà rien qu'à la pochette qu'il ne va pas nous emmener au pays de Groquick. Le jaune (sur le format CD) entourant la photo de Pierre Bernard Wolff n'est en effet pas celui du soleil ou de l'idole 80's sus-citée qui a mystérieusement disparu au profit d'un lapin insupportable. C'est un jaune qui donne pas envie, austère, le même que dans certains murs de toilettes publiques où il ne fait pas bon s'égarer.
Après avoir ingurgité de l'Anafranil, un peu de Deroxat, du Laroxyl, de l'Humoryl (taper dans Google "Anti dépresseurs célèbres" selon votre résistance et vos préférences) et un peu de Valproate de Sodium pour l'épilepsie (on ne sait jamais...), vous pouvez vous jeter corps et âme dans ce disque.
Normalement, on pourrait conseiller d'écouter Closer seul, dans le noir, ou par un jour très gris, ou très pluvieux avec un ciel bien chargé. Cependant, assurez vous qu'il y ait quelqu'un dans vos parages. N'oubliez pas non plus de ne pas laisser traîner quelconque cordage ou objet coupant, ce serait idiot, vous avez encore plein de disques à écouter.
Plus sérieusement, la production générale franchit un seuil de complexité et de variété par rapport au premier album: c'est indéniable. Martin Hannett avait déjà fait des miracles sur Unknown Pleasures, à l'aide d'effets très simples, qui rajoutaient de la vie (c'est peut-être pas le bon mot) ou du moins un certain dynamisme à l'ensemble. Ici, c'est encore plus subtil, c'est un brouillard cotonneux, un fond de cale éloigné dans un espace dimensionnel qui a sombré dans l'oubli.
La musique a également gagné en maturité: on est loin du punk des débuts et des structures simples, les rythmiques de Stephen Morris et les lignes de basses de Peter Hook sont obsédantes (bien qu'il soit dommage que certaines ne soient pas plus mises en avant), les guitares de Sumner créent plus d'ambiance et ne se limitent plus à de simples riffs, et le chant de Ian Curtis est habité, profond comme jamais.
Ces deux aspects (production et musique) donneront le statut qu'à Closer aujourd'hui, le tout embaumé dans l'aura du suicide de Curtis, survenu après l'enregistrement.
On retiendra donc la fabuleuse rythmique d'"Atrocity Exhibition", la boucle de basse d'"Isolation" et leurs textes habités, la répétition hypnotique de "Heart And Soul"...Chacun reconnaîtra tel ou tel morceau de gloire...
Un disque profond, travaillé, emblématique... Il serait vain ici de contredire ces statuts: Closer est bien tout cela, et sinon plus, mais on peut lui préférer la force, l'énergie, le dynamisme, l'évidence et la simplicité de son prédécesseur qui est malheureusement souvent plus représenté en t-shirt qu'écouté de nos jours.
Ainsi, par son désespoir poisseux qui transpire par toutes les stalagmites et stalactites de la grotte d'où il semble résonner, Closer peut vite transparaître comme un disque enflé, lourd et ankylosé (et se poser ainsi comme une remise en question directe de l'esprit de la Compagnie Créole et autres Patrick Sébastien...). D'accord, on savait qu'on était pas là pour déconner, mais écouter un disque, c'est avant tout prendre du plaisir (même ceux qui nous sont inconnus ou encore coupables...). La dépression s'accumule titre après titre, jusqu'au duo final "The Eternal/ Decades". On peut trouver ça beau, être emballé par tel riff, telle mélodie, se plonger complètement dans l'ambiance...Mais ce plaisir, si cher à Herbert Léonard, n'a plus de place...La tristesse s'instille peu à peu, finit par être trop présente pour vraiment s'y jeter corps et âme, pour revenir à l'idée du début. Attention, cette tristesse, cette déréliction, cet isolement ne sont jamais démonstratifs: ils sont sincères et authentiques et Closern'a pas volé sa place dans l'histoire du Rock. Mais vous l'aurez compris, il y a des plaisirs qui font beaucoup plus de bien...