Electric Masada - At The Mountains Of Madness

Electric Masada - At The Mountains Of Madness

John Zorn

19 / 20 2005 Tzadik Live / CD

Chronique de Toitouvrant (Xsilence) 18 / 20

Posté le 19/05/2008
Ce disque c'est simple, c'est du Miles Davis période électrique mais en plus free et plus exotique. John Zorn a du beaucoup écouter On The Corner et surtout Bitches Brew. Mais ce qui est extraordinaire reste comment il parvient à ce résultat en concert.
Miles Davis, avec son producteur Teo Macero, enregistrait pendant des jours des improvisations. Miles Davis se contentait de donner des suggestions laconiques à ses musiciens et de les diriger par quelques interventions instrumentales (il a un son si bellement autoritaire). Puis il découpait les bandes pour en garder les meilleurs moments afin de les réunir et construire ainsi une sorte de Best-Of des sessions: l'album. Cette manière de produire est du génie et Bill Laswell (acolyte de John Zorn et fin producteur) a réinterprété trente ans plus tard dans un superbe projet les innombrables bandes du trompettiste pour en faire un produit "anti-jazz". (Ce que nous montre Laswell est que Miles Davis a laissé une matière que chacun peut interpréter, les disques n'étant qu'une sélection arbitraire de moments parmi tant d'autres).
En ce qui concerne John Zorn il a le meêl rendu que Miles Davis, mais en Live! Il reproduit cet effet de collage propre à Davis en direct et ce par une direction orchestrale proche de celle de Zappa (tous deux potentialisent au maximum ce qui se passe, un juste milieu entre ouverture et autorité). Les solos de Marc Ribot sont magnifiques, passant du surf au solo hendrixien pur et dur (et très juste chaque fois). Ikue Mori bourdonne avec ses machines, une constellation de bruits et d'oscillations qui font fourmiller le son d'ensemble etc etc... Et puis les solos de Zorn, toujours aussi puissants, chauds et en même temps bien architecturés. Les deux disques de l'album d'Electric Masada sont les mêmes morceaux mais interprétés lors de deux concerts différents (certains diront que c'est de l'arnaque 100% Tzadik d'imprimer deux fois la même playlist): John Zorn nous montre que chaque concert est unique et que la part interprétative est source d'Eternel Retour que le disque live se doit de reproduire (encore une fois l'oeuvre zappaïenne reste la quintessence de l'exploration de cette part interprétative qui fait enfler le corpus d'un morceau avec notamment ces compilations "You Can't Do That On Stage Anymore"). Cet album est un très beau projet, donnant une idée de ce qu'aurait pu être une collaboration Coltrane/Davis dans les années 70. Bouillant!!!!

Retour à l'accueil