Just Like The Fambly Cat

Just Like The Fambly Cat

Grandaddy

16 / 20 2006 V2 Album / CD  Vinyle

Chronique de Granpa (Xsilence) 14 / 20

Posté le 14/02/2023
Magie de notre époque, on a beau avoir un disque depuis le jour de sa sortie –même avant à vrai dire- lorsque Twitter s'emballe car un album fait enfin son apparition sur les plateformes musicales, c'est la fête du stream (aussi et surtout parce que le CD est encore dans un carton post déménagement). Just Like The Fambly Cat donc. Drôle d'album appartenant à la caste bien connue des "derniers albums d'un groupe avant séparation... avant que ledit groupe ne se reforme des années plus tard et refasse un album accessoirement meilleur que le précédent qui devait être le dernier mais ne l'est donc plus". Les derniers mots avant la résurrection ont forcément un peu perdu de leur aura mais de toute façon, ils n'ont jamais eu le culte de The Sophtware Slump ou le lustre de Sumday. D'ailleurs sauf erreur de notre part aucune chanson n'en a été jouée lors des concerts de reformation renforçant son côté "album dont on ne prononce pas le nom", ce qui est bien dommage car si tout n'est pas parfait, on va en parler, on trouve ici des choses absolument mirifiques, on va aussi en parler.

Just Like The Fambly Cat ressemble un peu à ce que Truffaut appelait des grands films malades, un disque avec un défaut de fabrication, on sent que le groupe voulait tout dire, absolument tout, avant de partir. D'où des calculs et des longueurs (l'enchainement "Rear View Mirror" et "The Animal World" est quasi systématiquement zappé ici) et des abus (une moitié du temps de "Guide Down Denied" est consacrée à sa coda, "Summer It's Gone" s'étire aussi un peu trop alors que la courte "50%" est assez vaine pour un groupe qui a écrit des pastiches absolument géniaux des Pixies) qui alourdissent un ventre déjà bien mou d'un album qui commence pourtant en montrant les muscles : l'enchainement parfait de l'intro "What Happened..." et de la fiévreuse "Jeez Louise" reste un des sommets de la discographie de Grandaddy. Plus loin, le refrain miaulé de "Where I'm Anymore" et la rigolote confession "Elevate Myself" prouvaient à quel point ce groupe était unique (tout comme Last Place a démontré qu'il l'est toujours) avec ce mélange de rock indé à papa, de sons de synthé rappelant A-Ha et d'harmonies vocales descendues de l'Olympe. L'album est cabossé mais se conclut de façon divine avec la réconfortante "Campershell Dreams" et son refrain sans mot tombé du ciel, "Disconnecty" sonne elle comme un triomphe romain après une bataille où l'on a perdu beaucoup de sang et de soldats avant le génial générique de fin de "This Is How It Always Starts", le genre de chanson où l'on ne sait pas trop si le soleil se lève ou se couche.

Album mal né et un peu malmené qui a été pensé intégralement comme le chant d'un cygne qui était en fait un phénix, Just Like The Fambly Cat se devait d'être une apothéose mais s'écroule parfois quand il essaie de s'envoler en donnant le sentiment d'une compilation d'inédits plus qu'une œuvre cohérente. Restent toutefois des moments d'une triste beauté folle qui justifient à eux seuls l'achat, pardon, le stream.

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