Living With War

Living With War

Neil Young

10 / 20 2006 Reprise Album / CD  K7 Audio

Chronique de PaulCelan (Xsilence) 12 / 20

Posté le 29/05/2006
Il s'est écoulé très peu de temps depuis la sortie de Prairie Wind, mais voilà qu'un nouvel album du grand Neil Young voit le jour. Trop peu de temps ? Pas sûr. Prairie Wind sonnait quelque peu comme le disque d'une certaine maturité, les morceaux d'un sexagénaire qui décide bel et bien de se concentrer sur les guitares sèches, inspiré par une certaine sagesse bucolique. Depuis longtemps, Mr Young oscille entre les morceaux ‘doux, feutrés' qui ont fait son succès ‘populaire', et les grandes compositions acides et distordues. La surprise fut grande et belle à l'écoute de Living With War, porté par un engagement politico-social qui semble-t-il donne l'énergie et la hargne nécessaire au canadien pour empoigner violemment sa strat' et lui infliger quelques riffs monumentaux. Ce disque marque le réveil d'un Neil Young agressif au possible. 2006 sera peut-être l'année des retours surprenant. A l'instar du nouveau "Wishbone Ash (Clan Destiny )" étonnant de modernité et vieillesse (comme on parlerai d'un vieux vin) le nouveau Young s'impose par des arrangement épurés mais présents, des figures qui ne cherchent pas à trop en faire et un son qui rappelle pourtant d'anciennes performances lives qui ont marqués l'histoire du rock à jamais. C'est peut-être là, la performance du parrain du grunge: avoir su créer une belle coïncidence entre les nouveautés musicales qu'il laisse échapper et une belle âme modelée par le temps et une époque. Ce retour au 60's, on ne fait pas que l'entendre, on le sent également dans la prise de position. La guerre n'est plus la même, mais l'injustice est toujours là. L'engagement n'empiète pas sur la création artistique, mais la nourrit, ainsi les samples des discours de W. sonnent étonnement bien sur "Let's Impeach The President". Le pénultième album de Mr Young semblait annoncer un assoupissement certain, et le dernier un réveil des plus jouissifs. Living With War n'est bien évidemment pas son meilleur album, ni même sa plus grande surprise (souvenez-vous du majestueux Arc qui s'inscrivait dans la lignée du Metal Machine Music), mais l'intention est bonne, l'inspiration aussi.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 11/06/2006

Il ne fait pas bon vivre en Amérique depuis l'élection de George Bush en 2000. Aussi, il est de bon ton pour tout artiste votant Démocrate ou, plus généralement, pour tout artiste ayant une aversion pour "Dubya" et ses délires va-t'en-guerre d'y aller de sa petite remarque cinglante au premier évènement médiatique venu. Ils sont néanmoins nombreux à se cantonner à une pique judicieusement placée à l'occasion alors que les œuvres profondément engagées se font plutôt rares.

C'est justement en réaction à cet immobilisme que Neil Young (qui est Canadien faut-il le souligner), moins d'un an après un Praire Wind bucolique et magique, s'est décide à ressortir sa plus belle Les Paul, rebrancher son ampli et partir en croisade contre l'administration Bush et toutes les dérives dont elle a pu se rendre coupable en six années de règne autoritaire. Pour ce faire, le Loner a vu petit et grand à la fois: petit en optant pour une formule dépouillée (mais diablement efficace) guitare-basse-batterie et grand puisque c'est accompagné d'un chœur de cent personnes qu'il entonne les dix brûlots que compte Living With War.

Avec des titres aussi explicites que "Lookin For A Leader" ou "Let's Impeach The President", Neil Young définit clairement les règles sur son terrain de jeu de massacre: la langue de bois y est proscrite et Bush et ses faucons vont être de la revue pour une volée de bois vert en bonne et due forme. Certes, Neil Young ne nous apprend rien que nous ne connaissions déjà en parlant sans ambages de sujets aussi controversés que le bourbier irakien, la corruption des plus hautes sphères, les ravages de l'ouragan Katrina ou la consommation effrénée, mais en enrobant le tout d'un rock rageur et basique (qui évoque par moments la collaboration avec Pearl Jam sur Mirroball), il est impossible de douter de la sincérité du propos. Il y a bien cette voix qui montre des signes de faiblesse dès qu'on lui en demande un peu trop (sur "The Restless Consumer" notamment), mais le songwriter canadien peut compter sur le soutien d'une centaine de voix qui parviennent à atteindre des sommets de puissance et d'émotion sur un titre comme "Living With War".

Concept album, réaction épidermique (qui on l'espère en entraînera d'autre de cet acabit) ou exercice périlleux sont autant de termes qui peuvent être utilisés pour qualifier un disque particulièrement réussi qui prouve une nouvelle fois que le temps n'a décidément aucune emprise sur l'incommensurable talent de Neil Young.


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