Dry

Dry

PJ Harvey

17 / 20 1992 Too Pure Album / CD  Vinyle

Chronique de Lydia (Xsilence) 16 / 20

Posté le 26/02/2006
'Aucune des paroles de Dry n'était censée être entendue par qui que ce soit. J'avais besoin de me parler, c'est tout'. C'est en ces mots que PJ Harvey évoque la conception de son premier album.
Un album très personnel donc, dans lequel elle aborde tous les sujets qui lui sont chers sans aucun tabou. Les mots sont crus, directs, le son est épuré au maximum. Chaque chanson est véritablement mise à nu pour ne garder que le strict minimum, tant dans les paroles que dans la musique, dont il ne reste plus que le squelette. Les photographies prises par M. Mochnacz sur le devant et au dos de la pochette, représentant le visage de PJ Harvey passé à la photocopieuse et l'artiste posant torse nu dans une baignoire, ont ainsi été choisies afin de donner un équivalent visuel à ce premier album : personnel, sans artifices et sans tabous.

Parmi les thèmes évoqués à travers cet album on retrouve, entre autres, la religion avec "O Stella", morceau dans lequel la chanteuse y dépeint une vierge Marie belle, apaisante et rassurante (ça change un peu des artistes ayant pour habitude de lui cracher à la figure...). Une bonne partie de l'album est ensuite consacrée à la critique des préjugés socioculturels : notamment sur "Dress" où PJ Harvey évoque avec beaucoup d'humour à quel point elle se sent ridicule habillée en femme ; le machisme est également pointé sur "Victory" ; ainsi que le dévouement de la femme envers son compagnon sur "Plants And Rags" : 'I dreamt of a man / He fed me fine food / He gave me shiny things' ; et à travers "Sheela-Na-Gig", c'est la soi-disant 'beauté' de la femme enceinte qui est passée au décapant : 'He said, wash your breast / I don't wanna be unclean / He said, please, take those dirty pillows away from me'.
Cependant, on trouve aussi dans cet album des chansons évoquant de manière très touchante l'amour incommensurable, particulièrement sur "Oh My Lover" ('You can love her / You can love me at the same time') ou encore "Happy And Bleeding" ('So cover my body / Dress it fine / Too early and it's late too / Mind and body / I wouldn't and I would not do / I'm happy and bleeding for you').

Côté son, il est à l'image des paroles : simplissime, dépouillé et pourtant viscéral. Sur la majorité des titres, il est très axé sur la basse, accompagnée d'une batterie extrêmement sèche. Le rythme est parfois lourd et lent ("Oh My Lover", "Victory"), entraînant ("Dress"), ou essoufflant ("Joe"). Les guitares sont parfois lancinantes ("Happy And Bleeding"), avec de nombreuses décharges explosives survenant lors de la plupart des morceaux. Sur "Plants And Rags", un violon torturé hurle dans tous les sens, transformant progressivement l'atmosphère étrange planant au début du morceau, en une atmosphère étouffante et quasi insupportable. Quant à la voix de la chanteuse (bien que pourtant très jeune à la sortie de l'album), elle est déjà très profonde et très chargée en émotions, dégageant ainsi un charisme énorme.

Un magnifique premier album, touchant par sa simplicité et sa nudité, dans lesquelles réside cependant toute sa force.

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