Chronique de Vic (Xsilence)
Ça balance, c'est accrocheur, ça s'enchaîne sans temps mort : l'art d'emballer deux ou trois accords dans un habillage malicieux.
Ces gamins (sept membres qui ont su profiter des joies de l'internet pour se diffuser) possèdent ce petit plus qui fait tant la différence. Quelque chose d'indéfinissable mais qu'on va déceler dans le chant légèrement chevrotant et déjanté ("Direct To Helmet"), dans la rythmique tourbillonnante, dans tous ces bidules qui s'incrustent (l'intro de "Did I Tell You", les claviers clownesques de "Brown Boxes", les choeurs en forme de 'waou, waou' dans "Trust Vs. Mistrust"), dans ce groove insolent ("Crack The Whip"), et surtout dans ces mélodies géniales car furieusement simples.
A l'instar de leur cousin Clap Your Hands Say Yeah! ou de leur aîné (déjà ! Le temps passe si vite !) Arcade Fire, le combo de New York dissémine un souffle de bonheur autour de lui.
Leur musique semble ne venir que d'elle-même. Elle est remplie d'entrain, d'inventivité et de beaucoup d'insouciance. Si bien que c'est un pur régal de se laisser aller à écouter ces conneries de jeunes. Enfin on propose du neuf.
Certains titres mériteraient d'être des tubes ("Oh Mandy" et sa voix haut perchée, ou "Late", fulgurant et nonchalant à la fois), même si au final la formule est employée partout, ce qui laisse quelques regrets. Il semblerait que le groupe ait encore une marge de progression énorme.
De toute façon, le rock de The Spinto Band n'est pas univoque. Au contraire, le dérapage n'est jamais loin. Chacune des chansons prend tranquillement son envol pour se permettre quelques audaces stylistiques et faire de gros pied de nez.
De notre côté, on applaudit des deux mains.
A savourer dix, quinze fois, sans lassitude.
Chronique de Splinter (Goûte Mes Disques)
Franchement, la vie est mal faite. A quelques lettres près, The Spinto Band s’appelait The Splinter Band et je pouvais faire croire à la Terre entière que ce groupe était le mien. Tout le monde m’aurait cru, d’ailleurs, car compte tenu des tronches de nerds des membres de cette jeune formation américaine, on n’aurait franchement pas dépareillé. J’aurais donc pu faire croire que j’étais le leader d’un groupe extrêmement prometteur, auquel le succès est quasiment assuré – avec un peu de bol. Le bol que je n’ai pas eu, en fait. Car ces lettres, L, E et R, ces lettres de l'infamie, ce sont celles qui caractérisent The Splinto Band.
L, comme Liberté. Nick Krill et ses amis jouent du rock. Pas parce que leur survie en dépend, comme The Arcade Fire et tous les clones actuels (Architecture in Helsinki en tête). Non, tout simplement parce que c’est fun et parce qu’ils ont la liberté de le faire. La musique de The Spinto Band est donc dénuée de tout complexe, de tout scrupule à avoir deux chanteurs, de toute honte à chanter des paroles sans aucun sens. La filiation avec le Weezer de "Island in the Sun" est ainsi assez évidente sur un titre comme "Brown Boxes", une petite merveille de rock, 2 minutes et 28 secondes de pur bonheur pour les oreilles qui débutent sur une mélodie de kazoo (vous savez, le petit instrument à vent dont Patrick Sébastien et son Bonhomme en Mousse sont les plus grands adeptes connus) et s’offre trois mouvements distincts, dont un refrain absolument génial.
E, comme Energie. A la manière des premiers Blur, de Franz Ferdinand sans la grosse tête, ou, plus récemment, des fameux Clap Your Hands Say Yeah, The Spinto Band c'est une musique particulièrement dynamique, aux mélodies évidentes, qui mettent la pêche le matin. Depuis quand n'avez-vous pas entendu de titre aussi jouissif que ce "Oh Mandy", mega tube qui reste en tête toute la journée ("direct to helmet" !) et qui est d’ailleurs restée en haut des charts américains pendant plusieurs mois ? Il n’est pas le seul : The Spinto Band semble capable de produire du hit de qualité à la chaîne : "Trust vs Mistrust", "Spy vs Spy" (ah la référence vidéoludique ! Quand je parlais de nerds...), ou encore "Crack the Whip", dont la basse est directement pompée sur le "Boys and Girls" de Blur.
R, comme Réussi. Et plutôt deux fois qu'une. Nice and Nicely Done, c’est le nom de cet album, et il le porte bien, le bougre : une véritable bouffée d’air frais dans le paysage rock actuel, loin des lourdeurs et de la noirceur des rockeurs maniaco-dépressifs, proche de la légèreté de la brit-pop sans jamais céder à la débilité. Bref, un groupe à suivre et un album à se procurer d’urgence (ou l’inverse).
La vie est vraiment mal faite. Si jamais je mets la main sur ce Spinto, là...