Keys To The World

Keys To The World

Richard Ashcroft

15 / 20 2006 Parlophone Album / CD

Chronique de Madd (Xsilence) 15 / 20

Posté le 23/01/2006
Après avoir fait de The Verve l'un des groupes phare de années 90, le troisième album solo de la plus belle voix du monde (selon Chris Martin) nous arrive entre les doigts. La pochette est sobre, on voit le grand Richard pensif, déambulant dans une rue en noir et blanc. Le décor est posé, et comme lors de ses deux précédents opus, on s'attend à un album de pop intimiste, aux paroles profondes, sorte de méditation intrinsèque sur l'amour, Dieu ou la nature. Du Ashcroft dans le texte.
Mais le premier titre "Why Not Nothing?" est assez surprenant, rien à voir avec une ballade pop, plutôt un bon rock, simple et farouche, qui lance ce Keys To The World sur les chapeaux de roues. Néanmoins, il s'agit ici d'un titre peu representatif du reste de l'album, car dès le second titre "Music Is Power", c'est bien de pop dont il est question, accompagnée de violons et d'un rythme un peu soul.
Ashcroft nous a toujours habitué, en solo ou en groupe, à une certaine science du single, efficace et touchant, et "Break The Night With Colours" ne déroge pas à la règle, ballade indiscutablement poignante et intelligemment composée. Le reste de l'album est dans la même veine, l'émotion est palpable dans des titres comme "Words Just Get In The Way" ou "Why Do Lovers?". Mais l'album comporte en son sein une autre perle rock, "Keys To The World", sublimé par des voix féminines et le chant hanté d'Ashcroft, qui semble jouer sa vie à chaque chanson.
L'album finit en beauté, et en simplicité, par "Simple Song" et "World Keeps Turning", l'intensité retombe tranquillement, et l'album s'achève.
Richard Ashcroft signe avec son trosième album solo sa plus belle réussite, touchant, rythmé, plus frais et varié que le précédent, et toujours aussi profond dans les paroles; un album riche, classe et sobre. Il n'est pas toujours aisé pour le leader d'un groupe emblematique de retomber sur ses pieds en solo, mais Ashscroft prouve qu'il est un véritable artiste, enfin, il le prouve une fois de plus.

Chronique de Popop (Goûte Mes Disques) 6 / 20

Posté le 15/08/2006

Accusé Richard Ashcroft, veuillez vous lever. Dans l'affaire « Mad Richard et son ego contre le reste du monde et surtout la scène musicale britannique actuelle », le jury va rendre son verdict. Chacune des pièces à conviction a été examinée, soupesée et estimée à sa juste valeur, et la décision a été prise à l’unanimité, nous tenions à le préciser avant de procéder à l'énonciation (si le greffier pouvait arrêter de se curer le nez deux secondes, l’instant n’en serait que plus solennel - merci cher ami).

- Attendu que l'accusé a, dans ses vertes années, fait partie d’un groupe nommé The Verve (avec ou sans le "The" selon les années et les humeurs), et s'est rendu coupable de trois délits musicaux, le premier franchement mauvais, le second passable et le troisième franchement bon ;
- Attendu que l'accusé, sur fond de plagiat musical, de sample litigieux et de droits d’auteurs mal négociés (une situation déjà réglée en justice), a considérablement contribué à renflouer les comptes bancaires de Sir Jagger et Mister Richards, certes deux personnalités pas à la rue mais merci quand même pour eux ;
- Attendu que de séparation en reformation puis en nouvelle séparation, l'accusé a prouvé être l’un des personnages les plus instables et les plus égocentriques de la scène musicale britannique (allant jusqu’à rentrer sur scène au son de "Cast No Shadow", un morceau que son caractère de cochon et sa personnalité tordue a inspiré à Oasis) ;
- Attendu que l’accusé a sorti un premier album solo, Alone With Everybody vraiment bon, écrit au moins un grand titre classique ("A Song For The Lovers" pour ne pas le citer), flirté avec Brian Wilson, le gospel et le blues sur son deuxième méfait en solitaire (Human Conditions, nettement moins bon déjà) ;
- Attendu que les déclarations précédant la sortie du présent opus faisaient état de « shit hot », de « moments de pur rock’n'roll », de « passages à la beauté luxuriante » ;
- Attendu que l’accusé, dans un élan de rare modestie, a récemment déclaré vouloir être simplement considéré comme « un grand songwriter britannique » ;

Pour toutes ces raisons, le tribunal ne pardonne pas à l’accusé de sortir un album aussi médiocre que Keys To The World, que d'aucuns n’hésiteraient à qualifier de mou du gland, prétentieux, surproduit voire de sous-composé. Le tribunal condamne donc Richard Ashcroft à retourner à son solfège et à son manuel du parfait petit songwriter (édition 1968, copyright Paul McC. et John L.). Il sera enfermé en studio de longues années durant jusqu’à ce que, Dame inspiration faisant son effet (with a little help from sex & drugs & alcohol… ou pas), il sorte enfin un disque digne de ce nom. En attendant, son nom restera dans le grand dictionnaire du rock'n'roll à la lettre V comme Verve. Affaire suivante, faites entrer l'accusé Graham Coxon…


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