Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
Insaisissable Cat Power. Non contente d'avoir exploré autant d'horizons qu'elle n'a sorti d'albums en onze ans de carrière, non contente de nous avoir émerveillé il y a trois ans déjà avec un splendide crève-cœur minimaliste (You Are Free), voici que la naïade la plus imprévisible de la scène indé américaine nous revient avec un album aux forts relents d'hommage : hommage tout d'abord à Mohammed Ali (alias "The Greatest") et à la boxe en tant que métaphore de la vie et d'une éducation à la dure dans l'impitoyable Sud américain sur une pochette rose qui ne laisse en rien présager de son contenu. Hommage ensuite à ces musiciens noirs, compagnons d'Al Green ou de Booker T., qui l'ont toujours fascinée et qu'elle a pu côtoyer dans les confins d'un studio de Memphis pour y accoucher de ce septième joyau.
Car ce folk rugueux gorgé d'une soul généreuse, mélange exquis d'intimisme feint et de sensualité brûlante, s'il a de quoi désarçonner, a surtout toutes les qualités nécessaires pour faire de lui l'un des plus émouvants mélanges de ce début d'année. Lorsque la voix fatiguée et triste de Chan Marshall vient se poser sur ce piano et ces cuivres rondouillards, c'est l'énergie du désespoir que ces talentueux musiciens semblent extirper d'une âme instable et meurtrie par on ne sait quoi, par on ne sait qui. Véritable jeu d'équilibriste émotionnel, The Greatest donne l'impression de se laisser dompter au fil des écoutes. Mais c'est pour mieux s'approprier nos sentiments et faire ressortir tout ce que notre cœur pourrait ressentir de plus contradictoire.
Soyeux et délicat, ce grand écart mélodique qu'est The Greatest ne doit toutefois pas cacher une noirceur et un désabusement parfois inquiétants, comme le montrent "Empty Shell" ou "Hate". Car cachés derrière de bienveillantes mélodies, les démons qui hantent Chan Marshall n'ont jamais été aussi présents. Pourtant, c'est de cette fragilité et de cette instabilité que naîtront à l'avenir des perles de cet acabit.
Chronique de Urizen (Xsilence)
En effet, Chan Marshall nous assène un album très orienté soul, et a priori beaucoup moins fort que ses précédents chefs-d'œuvre. Moins à fleur de peau, bourré de fioritures que la chanteuse semblait jusqu'ici fuir comme la peste, bref, un truc un peu plus fade, moins écorché, moins touchant.
Pourtant, l'album recèle certains des plus beaux morceaux jamais écrits par son auteur. Tout d'abord, son introduction "The Greatest" est d'une beauté renversante, qui justifierait à elle seule que l'on se procure cet album.
Ensuite, en laissant passer l'insignifiant "Could we", on retombe sur un autre morceau de très bonne facture "Lived In Bars" qui sent bon les années d'alcoolisme dont on ne se relève jamais vraiment même s'il suscite moins d'empathie que les morceaux désespérés de "Moon Pix" par exemple.
La suite de l'album se gâte méchamment... On peut sans aucun scrupule laisser passer les 6 morceaux qui suivent avant que l'album parviennent à raviver l'intérêt de son auditeur. Si "Where Is My Love" s'inscrit dans la grande tradition des chansons pour chialer dans sa bière de Cat Power, sa grandiloquence pourra en repousser certains, tandis que les autres succomberont devant la fragilité exprimée dans la voix de la chanteuse. Suivent les deux derniers morceaux de l'album, dont l'autre chef-d'œuvre et classique instantané ; "Hate". Une voix+une guitare+un texte d'une noirceur absolue... Les paroles suicidaires de Chan Marshall viennent claquer sur les accords de guitare, et difficile de ne pas retenir son souffle lorsque la chanteuse entonne ses "I hate myself and I want to die"...
L'album se conclut sur un autre excellent morceau, l'obsédant "Love And Communication"...
Malheureusement, avec même pas 50% de bons morceaux, dont il est vrai quelques perles indispensables (qui justifient les points au dessus 10), The Greatest ne parvient en aucun cas à égaler les meilleurs albums de Cat Power, en particulier son prédécesseur, You Are Free...