Black One

Black One

Sunn O)))

17 / 20 2005 Southern Lord Album / CD  Vinyle

Chronique de Head (Xsilence) 16 / 20

Posté le 19/11/2005
Quel adjectif saurait le mieux correspondre à la musique de Sunn 0))) ? Noire, cauchemardesque, funéraire ? Une chose est sûre; le duo nous livre là leur manifeste le plus obscur, s'entourant à l'occasion de chanteurs de formations black-metal restées confidentielles.

Le côté hypnotique du drône allié au désespoir du doom. Résultat : ce son comateux et monolithique, sans rythme, qui s'étire à l'infini pour s'approprier les sens de l'auditeur. Aucun repère pour celui-ci, le temps n'a d'ailleurs ici aucune importance, car la formation s'affranchit de tout schéma musical établi. Les deux comparses font vomir à leur amplis une saturation sourde, qui ne cherche qu'une chose : nous engloutir dans un univers de ténèbres où l'espoir d'entrevoir la lumière est définitivement vain.

"It Took The Night To Believe" est peut être le titre le plus dérangeant de l'album. En un riff, il parvient à créer une ambiance étrangement glauque, sans réel artifice, si ce n'est un son souillé à l'extrême par ses créateurs. Et cette voix étouffée complètement inhumaine, enregistrée dans un cercueil ! Oui, la folie de Sunn 0))) va loin, jusqu'à sonder le chaos pour en ressortir cette reprise de Earth (groupe emblématique qui est la raison d'exister de Sunn 0))) ), "Orthodox Caveman", ou une autre de Immortal, "Cursed Realms", d'une lenteur poisseuse à faire froid dans le dos. A l'écoute du disque, on se dit que les sons de murs d'ampli du groupe sont bien plus effrayants que la surenchère de violence dans laquelle se jettent nombre de formations extrêmes. La formule de Sunn 0))) est primaire dans la forme, mais ô combien déstabilisante dans le fond.

Ainsi, il faudra à l'auditeur des oreilles plus que larges pour appréhender cette oeuvre. L'expérience s'appuie sur le ressenti que provoque cette masse sonore en mouvement, puisque pas l'ombre d'un refrain mélodique ne viendra nous titiller le tympan. Une musique faite par des fous, pour des fous. Et parfois, il est bon d'être malade.

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