Chronique de Toitouvrant (Xsilence)
Posté le 22/05/2008
Tout simplement le meilleur album de Sonic Youth.
Là où le mélange entre la pop et l'expérimental s'affirme totalement !
Bien sûr il s'agit d'un album difficile pour les personnes qui n'ont pas l'habitude d'aborder ce genre de pièces qui peuvent paraître ennuyeuses, incompréhensibles, voire prétentieuses. C'est pour ça que je vais tenter d'expliquer en quoi consiste ces morceaux afin qu'une écoute "consciente" puisse avoir lieu car ce travail de Sonic Youth est ici vraiment excellent (et explique une grande part de leurs travaux plus pop étant donné qu'il s'agit ici de leurs principales influences).
Les pièces ré-interprétées appartiennent toutes au mouvement artistique des années 60/70 "Fluxus" qui remit en question les fondements de l'art comme Dada au début du siècle. "Fluxus" pour le flux de la vie qui est d'une richesses incostmmensurable comparée aux objets inertes que l'art (et le marché de l'art) instaurent. Le meilleur exemple pour aborder l'art (et la musique) selon Fluxus sont les "events" inventés par Georges Brecht.
Ces "events" consistent à promulguer une action. Je donnerai comme exemple "Instruction" qui consiste à allumer la radio puis à l'éteindre dès le premier son. Au premier abord cela peut paraître stupide et inutile mais je vais tenter d'analyser ce geste...
La radio est un flux d'informations sonores qu'on nous soumet. Nous n'avons pas le choix sur les programmes si ce n'est le choix de la station. L'auditeur n'est actif que lorsqu'il allume puis éteint le poste. A ce moment il a déterminé un flux sonore puisqu'il en a coupé un extrait. Cette détermination est une composition en soi. (Rappelons nous que cet "event" préfigure la pratique de l'échantillonnage et du mix qui consiste à prendre un instant musical afin de se l'approprier). Georges Brecht propose à l'auditeur d'effectuer une coupure dans le flux. Seul un son, ou un très court instant musical sera déterminé. L'auditeur aura composé dans le sens où il aura pu décontextualiser un moment de la musique, il l'aura extirpé du discours propre au morceau en cours, à son statut de "chorus", de "refrain" ou de "solo"...
Selon Brecht, comme Cage, tout le monde peut être musicien. Il s'agit avant toute chose de briser l'élitisme propre au milieu classique et artistique. "Ce qui me dérange dans les sons c'est la musique" disait John Cage. L'histoire de la musique a privilégié des sons, les a harmonisé afin d'en faire un langage. Pour Cage, à cause de ces valeurs harmoniques, nous passons à côtés de tous les autres sons qui sont eux mêmes de la musique, si ce n'est mieux que la musique proprement dite. Une goutte d'eau, un train, 100 ampoules qui se brisent simultanément sont des pièces de musique.
Ce qui est très étrange aujourd'hui c'est qu'on considère ces actions comme étant élitistes alors que leur principale intention était de ne plus l'être! Plus besoin de savoir jouer du violon : comme Nam June Paik briser l'instrument est également de la musique.
Pour en revenir au disque de Sonic Youth, la musique est difficile à écouter dans le sens où elle contredit nos habitudes. Les structures des pièces sont floues, elles semblent même inexistantes... Or il en est tout autrement. En effet, les pièces ne sont plus des partitions de musique mais des instructions précises comme "jouer toutes les 10 secondes en vous concentrant sur ce que votre partenaire de gauche joue" etc... Ainsi les pièces ne sont écrites et ne doivent plus être respectées comme une symphonie de Beethoven, mais elle peuvent être réinterprétées et donc renouvelées sans cesse. Ce qui est important est ce qui se joue maintenant dans le flux de la vie. Voir jouer ces pièces se retrouvent être (j'imagine) bien plus compréhensible, et plus ludique. Plus tendue aussi. La musique propose maintenant des expériences.
Le disque de Sonic Youth n'a pas pour vocation à être écouté d'une traite. Pour ceux et celles qui l'ont acheté et ce sont retrouvé déçus, voire même en colère, je vous conseille de vous concentrer sur une pièce, de l'écouter attentivement en tentant de vous libérer de tous les automatismes d'auditeurs que le formatage stylistiques amènent forcément (je parle en connaissance de cause bien évidemment). Je peux vous assurer que cette musique peut beaucoup apporter, car, lorsque vous sortirez de chez-vous, la voiture qui démarre, le chien qui aboie, la pluie, le vent, et un aéroplane tout là-haut vous paraîtront comme un gigantesque orchestre qui produit une pièce, là, sous vos yeux, et surtout sous vos oreilles ! Il suffit de les pencher.
Là où le mélange entre la pop et l'expérimental s'affirme totalement !
Bien sûr il s'agit d'un album difficile pour les personnes qui n'ont pas l'habitude d'aborder ce genre de pièces qui peuvent paraître ennuyeuses, incompréhensibles, voire prétentieuses. C'est pour ça que je vais tenter d'expliquer en quoi consiste ces morceaux afin qu'une écoute "consciente" puisse avoir lieu car ce travail de Sonic Youth est ici vraiment excellent (et explique une grande part de leurs travaux plus pop étant donné qu'il s'agit ici de leurs principales influences).
Les pièces ré-interprétées appartiennent toutes au mouvement artistique des années 60/70 "Fluxus" qui remit en question les fondements de l'art comme Dada au début du siècle. "Fluxus" pour le flux de la vie qui est d'une richesses incostmmensurable comparée aux objets inertes que l'art (et le marché de l'art) instaurent. Le meilleur exemple pour aborder l'art (et la musique) selon Fluxus sont les "events" inventés par Georges Brecht.
Ces "events" consistent à promulguer une action. Je donnerai comme exemple "Instruction" qui consiste à allumer la radio puis à l'éteindre dès le premier son. Au premier abord cela peut paraître stupide et inutile mais je vais tenter d'analyser ce geste...
La radio est un flux d'informations sonores qu'on nous soumet. Nous n'avons pas le choix sur les programmes si ce n'est le choix de la station. L'auditeur n'est actif que lorsqu'il allume puis éteint le poste. A ce moment il a déterminé un flux sonore puisqu'il en a coupé un extrait. Cette détermination est une composition en soi. (Rappelons nous que cet "event" préfigure la pratique de l'échantillonnage et du mix qui consiste à prendre un instant musical afin de se l'approprier). Georges Brecht propose à l'auditeur d'effectuer une coupure dans le flux. Seul un son, ou un très court instant musical sera déterminé. L'auditeur aura composé dans le sens où il aura pu décontextualiser un moment de la musique, il l'aura extirpé du discours propre au morceau en cours, à son statut de "chorus", de "refrain" ou de "solo"...
Selon Brecht, comme Cage, tout le monde peut être musicien. Il s'agit avant toute chose de briser l'élitisme propre au milieu classique et artistique. "Ce qui me dérange dans les sons c'est la musique" disait John Cage. L'histoire de la musique a privilégié des sons, les a harmonisé afin d'en faire un langage. Pour Cage, à cause de ces valeurs harmoniques, nous passons à côtés de tous les autres sons qui sont eux mêmes de la musique, si ce n'est mieux que la musique proprement dite. Une goutte d'eau, un train, 100 ampoules qui se brisent simultanément sont des pièces de musique.
Ce qui est très étrange aujourd'hui c'est qu'on considère ces actions comme étant élitistes alors que leur principale intention était de ne plus l'être! Plus besoin de savoir jouer du violon : comme Nam June Paik briser l'instrument est également de la musique.
Pour en revenir au disque de Sonic Youth, la musique est difficile à écouter dans le sens où elle contredit nos habitudes. Les structures des pièces sont floues, elles semblent même inexistantes... Or il en est tout autrement. En effet, les pièces ne sont plus des partitions de musique mais des instructions précises comme "jouer toutes les 10 secondes en vous concentrant sur ce que votre partenaire de gauche joue" etc... Ainsi les pièces ne sont écrites et ne doivent plus être respectées comme une symphonie de Beethoven, mais elle peuvent être réinterprétées et donc renouvelées sans cesse. Ce qui est important est ce qui se joue maintenant dans le flux de la vie. Voir jouer ces pièces se retrouvent être (j'imagine) bien plus compréhensible, et plus ludique. Plus tendue aussi. La musique propose maintenant des expériences.
Le disque de Sonic Youth n'a pas pour vocation à être écouté d'une traite. Pour ceux et celles qui l'ont acheté et ce sont retrouvé déçus, voire même en colère, je vous conseille de vous concentrer sur une pièce, de l'écouter attentivement en tentant de vous libérer de tous les automatismes d'auditeurs que le formatage stylistiques amènent forcément (je parle en connaissance de cause bien évidemment). Je peux vous assurer que cette musique peut beaucoup apporter, car, lorsque vous sortirez de chez-vous, la voiture qui démarre, le chien qui aboie, la pluie, le vent, et un aéroplane tout là-haut vous paraîtront comme un gigantesque orchestre qui produit une pièce, là, sous vos yeux, et surtout sous vos oreilles ! Il suffit de les pencher.