Chronique de Caligula (Xsilence)
Posté le 16/04/2007
Evol, soit LOVE à l'envers. Mais pourquoi ce titre ambigu ? Mais pourquoi cette pochette sauvage, où une femme au visage déformé par la rage nous fusille du regard, prête à nous agresser ? Faut-il donc prendre l'inversion de LOVE au premier degré, ce disque renferme-t-il la haine ? Déjà l'album intrigue, déjà l'album se pare d'un mystère que seules plusieurs écoutes approfondies pourront percer.
Je me souviens de ma première écoute. "Tom Violence" arriva, les autres morceaux s'enchaînèrent et le disque s'acheva - mécaniquement, froidement. Comme si de rien n'était. Aucun sentiment n'avait empli mon âme lors de cette écoute, si ce n'est de la frustration: j'avais dû manquer quelque chose, il ne pouvait en être autrement, me disais-je. Je réécoutai le disque: après tout, deux ou trois écoutes sont parfois nécessaires pour apprendre à apprécier un album. Ainsi "Tom Violence" arriva de nouveau, les autres morceaux s'enchaînèrent de nouveau et le disque s'acheva de nouveau - mécaniquement, froidement. Frustration, de nouveau. Les jours suivants, je réitérais l'opération un nombre incalculable de fois, dans des états d'esprit différents afin d'être bien certain que mon appréciation n'était pas faussée par une quelconque saute d'humeur. Mais non, le scénario ne changeait pas. Certes, je reconnaissais de la qualité à ces chansons, mais je ne ressentais rien à leur écoute. Il y avait là quelque chose de froid, qui gelait tout sentiment naissant, il y avait là une retenue dans la manière de jouer de la jeunesse sonique qui empêchait les guitares d'allumer cette petite étincelle capable d'embraser toute la cervelle de l'auditeur - comme c'est le cas pour Sister, modèle du genre. "Tom Violence", "Star Power", "Secret Girls", "Marylin Moore"... tous ces morceaux s'annonçaient prometteurs mais ne décollaient jamais. Seul "Madonna, Sean And Me" s'achevait dans un déluge jouissif de guitares, mais mon écoute n'allait plus jusque-là: l'album était désormais abandonné sur mon étagère à la merci de la poussière.
Puis, un jour, une amie me reparla d'Evol. L'envie me saisit de réécouter la chose, qui m'avait semblé si terne mais dont paradoxalement je reconnaissais la qualité. Je le fis et compris enfin ce disque: tout n'y est que rêve et désir. Pour preuve, le mot "dream" qui vient hanter deux chansons, à savoir "Tom Violence" et "Shadow Of A Doubt", et cette lumière verte, cette "Green Light", qui est trop mystérieuse, trop éblouissante pour être réelle. Irréelle, c'est aussi le cas de l'invisibilité dont peut jouir Kim Gordon. Nous sommes donc plongés dans des rêves - qui peuvent devenir cauchemars dans "Death To Our Friends" -, d'où l'ambiance étrange, presque déconcertante et troublante, de cet album. Mais un rêve est la réalisation d'un désir, ainsi les désirs viennent eux-aussi hanter l'album, à l'image du "frustrated desire" de "Marylin Moore". Des désirs malsains, dont la satisfaction ne peut déboucher que sur la violence, comme dans "Tom Violence", "Shadow Of A Doubt", "In The Kingdom" ou "Madonna, Sean And Me": "you kill him and i kill her", "we're gonna kill the California girls", ce qui explique la retenue du groupe sur certains morceaux. Evol restitue donc un monde composé de deux parties: une partie imaginaire où se croisent, s'entremêlent rêves et désirs, et une partie réelle où ces rêves et ces désirs causent frustration et violence. Ainsi, cette musique est terriblement humaine. Comment n'ai-je pas pu le comprendre plus tôt ? Mes rêves et mes désirs n'étaient pas encore assez intenses. Six mois après ma première écoute, ils ont grandi et se sont retrouvés dans Evol. Evol est un miroir: pour voir, il faut que l'auditeur présente quelque chose à refléter. Sonic Youth signe là une véritable prouesse, et au passage son meilleur disque, parce que le plus subtil, parce que le plus profond.
Mais alors, pourquoi cette pochette ? Parce que la réalité ne permet pas la réalisation des désirs de cette femme, la voilà torturée, rongée de l'intérieur, laissant grandir la violence. Mais alors, pourquoi Evol ? Présentez LOVE à un miroir et EVOL apparaitra.
Je me souviens de ma première écoute. "Tom Violence" arriva, les autres morceaux s'enchaînèrent et le disque s'acheva - mécaniquement, froidement. Comme si de rien n'était. Aucun sentiment n'avait empli mon âme lors de cette écoute, si ce n'est de la frustration: j'avais dû manquer quelque chose, il ne pouvait en être autrement, me disais-je. Je réécoutai le disque: après tout, deux ou trois écoutes sont parfois nécessaires pour apprendre à apprécier un album. Ainsi "Tom Violence" arriva de nouveau, les autres morceaux s'enchaînèrent de nouveau et le disque s'acheva de nouveau - mécaniquement, froidement. Frustration, de nouveau. Les jours suivants, je réitérais l'opération un nombre incalculable de fois, dans des états d'esprit différents afin d'être bien certain que mon appréciation n'était pas faussée par une quelconque saute d'humeur. Mais non, le scénario ne changeait pas. Certes, je reconnaissais de la qualité à ces chansons, mais je ne ressentais rien à leur écoute. Il y avait là quelque chose de froid, qui gelait tout sentiment naissant, il y avait là une retenue dans la manière de jouer de la jeunesse sonique qui empêchait les guitares d'allumer cette petite étincelle capable d'embraser toute la cervelle de l'auditeur - comme c'est le cas pour Sister, modèle du genre. "Tom Violence", "Star Power", "Secret Girls", "Marylin Moore"... tous ces morceaux s'annonçaient prometteurs mais ne décollaient jamais. Seul "Madonna, Sean And Me" s'achevait dans un déluge jouissif de guitares, mais mon écoute n'allait plus jusque-là: l'album était désormais abandonné sur mon étagère à la merci de la poussière.
Puis, un jour, une amie me reparla d'Evol. L'envie me saisit de réécouter la chose, qui m'avait semblé si terne mais dont paradoxalement je reconnaissais la qualité. Je le fis et compris enfin ce disque: tout n'y est que rêve et désir. Pour preuve, le mot "dream" qui vient hanter deux chansons, à savoir "Tom Violence" et "Shadow Of A Doubt", et cette lumière verte, cette "Green Light", qui est trop mystérieuse, trop éblouissante pour être réelle. Irréelle, c'est aussi le cas de l'invisibilité dont peut jouir Kim Gordon. Nous sommes donc plongés dans des rêves - qui peuvent devenir cauchemars dans "Death To Our Friends" -, d'où l'ambiance étrange, presque déconcertante et troublante, de cet album. Mais un rêve est la réalisation d'un désir, ainsi les désirs viennent eux-aussi hanter l'album, à l'image du "frustrated desire" de "Marylin Moore". Des désirs malsains, dont la satisfaction ne peut déboucher que sur la violence, comme dans "Tom Violence", "Shadow Of A Doubt", "In The Kingdom" ou "Madonna, Sean And Me": "you kill him and i kill her", "we're gonna kill the California girls", ce qui explique la retenue du groupe sur certains morceaux. Evol restitue donc un monde composé de deux parties: une partie imaginaire où se croisent, s'entremêlent rêves et désirs, et une partie réelle où ces rêves et ces désirs causent frustration et violence. Ainsi, cette musique est terriblement humaine. Comment n'ai-je pas pu le comprendre plus tôt ? Mes rêves et mes désirs n'étaient pas encore assez intenses. Six mois après ma première écoute, ils ont grandi et se sont retrouvés dans Evol. Evol est un miroir: pour voir, il faut que l'auditeur présente quelque chose à refléter. Sonic Youth signe là une véritable prouesse, et au passage son meilleur disque, parce que le plus subtil, parce que le plus profond.
Mais alors, pourquoi cette pochette ? Parce que la réalité ne permet pas la réalisation des désirs de cette femme, la voilà torturée, rongée de l'intérieur, laissant grandir la violence. Mais alors, pourquoi Evol ? Présentez LOVE à un miroir et EVOL apparaitra.