Script Of The Bridge

Script Of The Bridge

The Chameleons

15 / 20 1983 Statik Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de Sirius (Xsilence) 2 / 20

Posté le 18/03/2008
On imagine sans mal la scène. Années 80, dans une famille anglaise exilée à Mexico. Le prépubère et timide Paul Banks imitant Ian Curtis tout seul devant sa glace. Visage constipé, danse épileptique et tout le tintouin. 'Transmiiiissiiiion huuumm Transmiiiissiiiion'. Le futur leader d'Interpol qui aujourd'hui fait chavirer le coeur de la groupie trentenaire est sans doute passé par ce trip solo un brin ridicule. Mais quand sa mère lui criait 'à table', Paulo le bien-élevé fonçait vers son radio-cassette Sony pour stopper d'un doigt ferme non pas Unknown Pleasures, mais bien ce Script Of The Bridge, l'album, la chose, sans qui lui et ses futurs amis new-yorkais ne seraient sans doute aujourd'hui que de simples employés de banque.
Oui réaffirmons-le crânement : Interpol doit tout aux Chameleons, ou alors pour faire plaisir à la groupie trentenaire, vraiment beaucoup. Pour le pire et rien que le pire. Car à l'école pourtant savante du post punk, ces Anglais étaient affublés du bonnet d'âne. Le très mauvais élève. Pas de 'peut mieux faire' sur son carnet de notes mais plutôt de 'grosses lacunes', 'ne fait aucun effort' ou 'incurable, tuez-le'. C'est que les Chameleons en plus d'avoir ce défaut énorme qui ne pardonne pas quand on est censé faire de la musique, à savoir qu'ils étaient de bien médiocres compositeurs, avaient l'outrecuidance de vouloir faire du Cure tout en usant grossièrement d'une emphase déclamatoire à faire passer U2 pour un groupe intimiste. Cherchez l'erreur.
Ça commence très fort. Affolant ce "Don't Fall" beuglé façon neuneu des Carpates. Et avec une ouverture telle que celle-là, on se dit que la suite ne peut être que mieux. Enfin on l'espère. Mais que nenni. Script Of The Bridge est du même triste acabit que son premier étron: une longue et pénible effusion de rock new-waveux vaseux, ampoulé 100 watts, et aux paroles empruntes de terribles questions existentielles ('Is my creator a God or a man ?' se demande-t-il sans rire dans "Monkeyland") écrites par un ancien abonné aux cours de rattrapages, Mark Burgess, le roi de la rime : 'Take a chance/Join the dance/Make the sound/Take a chance/Join the dance/Or go to ground' ("As High As You Can Go"). Patrick Fiori n'aurait pas fait mieux.
Mais même quand les Chameleons semblent proche de nous pondre un truc potable, "Here Today" par exemple, l'effroyable production eighties qui condamne leur disque assassin, vient nous assommer d'une batterie méchamment pataude et nous achève à coup de guitares mutées en magma informe. Long et harrassant périple que l'écoute de ce Script Of The Bridge encore plus laid que le graphisme ridicule qui lui sert de pochette (adage de mon cru : à album atroce, pochette atroce).
Ayant un profond respect pour le monsieur qui a chroniqué enthousiasmé le premier cette abominable chose, je ne me hasarderai pas à supputer sur les problèmes mentaux ou l'enfance difficile des personnes qui affirment avec la plus grande gravité non pas tolérer mais carrément 'aimer' les Chameleons... Enfin en même temps, en cherchant bien, on trouvera sûrement des gens normaux qui disent être dingue de Patrick Fiori. Mystère de la vie.

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