Strangers

Strangers

Ed Harcourt

16 / 20 2004 Heavenly Album / CD

Chronique de Popop (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 21/02/2004

Il est parfois curieux de voir l’évolution du battage médiatique autour d’un artiste. Prenons Ed Harcourt, attendu comme le messie après la parution du maxi Maplewood en 2000 puis proclamé 'fils spirituel de Jeff Buckley' sur la seule foi de l’album Here Be Monsters : le voilà qui sort en l’espace de 18 mois deux albums hautement inspirés mais curieusement ignorés par ceux qui l’encensaient autrefois. Pourtant, l’univers du songwriter n’a guère changé depuis ses débuts, si ce n’est que les chemins choisis par ses comptines se révèlent au fil des disques plus torturés qu’on aurait pu l’imaginer de prime abord. Ici ou là, à travers "The Trapdoor", dérive claustrophobique et acoustique, ou "Something To Live For", mené par un orgue miteux, on sent le jeune homme laisser échapper certaines bribes plus obscures de sa personnalité.

Pour autant, ce troisième disque repose essentiellement sur ce qui a fait jusqu’ici la force d’Ed Harcourt, à savoir des chansons simples et décomplexées, brassant pop ("Born In The 70’s", autobiographique et délicieusement kitsch) et folk ("This One’s For You", premier single curieusement adoubé par un Noel Gallagher que l’on a connu moins inspiré). Si le tape-à-l’œil des premiers singles a été remisé en faveur d’une approche plus épurée, le britannique se permet quelques écarts maîtrisés, au gré de quelques cordes ("Let Love Not Weigh Me Down") ou de quelques guitares plus électriques et soulignées qu’à l’accoutumée ("The Storm Is Coming"). Au fond, on sent bien que la hype des premiers jours a fait plus de mal que de bien à Ed Harcourt en termes d’image et d’attente de la part du public. Mais en même temps, ce jeune virtuose du piano a préféré aller à contre-courant, quitte à perdre quelques fans au passage, pour se réinventer en troubadour moderne, perdu quelque part entre la préciosité d’un Rufus Wainwright et l’excentricité d’un Ben Folds, la touche british en plus. Et que cela le condamne à rester dans l’ombre comme nombre de ses contemporains, nourris d’un succès d’estime (et parfois critique), ne fait que renforcer le sentiment que le choix fait a été le bon. Aussi cruel ce constat soit-il.


Chronique de Edye (Xsilence) 16 / 20

Posté le 13/09/2004
En 2004 est sorti le 3ème album d'Ed Harcourt, qui, au premier abord, m'a beaucoup déçue : pochette en noir & blanc, pas de barbouillages, durée réduite (45 minutes). Et le pire : Ed est bel et bien fou amoureux d'une violoniste à frange et va l'épouser... Mais laissons là les peines de cœur d'une midinette enamourée, et revenons à la musique...
Début en fanfare : "The Storm Is Coming" et "Born In The '70s" mettent une bonne claque à la réputation de 'mou du genou' qu'on colle toujours aux singers-songwritters.
On enchaîne avec quatre, je dis bien quatre chansons inspirées par sa 'foxy lady'. Chansons qui, je vous le promets messieurs, feront fondre toute fille normalement constituée. "This One's For You" (si je vous dit que Michael Stipe de REM la chantonnait sur scène entre deux titres, vous êtes convaincus ?), "Strangers" (et ses 'Mao mao' de matou amoureux), "Let Love Not Weigh Me Down" (avec, au violon, la demoiselle de ses pensées – des cordes pour me pendre... Pardon, je m'épanche...) et, merveille des merveilles, "Something To Live For", hymne à l'amour éternel, à peine murmuré... Lovely...
Place ensuite, à deux titres plus sombres. "The Trapdoor" parle d'un enfant aux prises avec la violence de notre société. Monde cruel également présent dans "The Music Box", authentique petit bijou, narrant en quelques lignes toutes simples l'histoire vraie d'amis de la famille Harcourt, obligés de laisser derrière eux leurs biens et donc leur vie lors de la deuxième guerre mondiale. Probablement les textes les plus aboutis et les plus poignants qu'il n'ait jamais écrits, tellement plus remarquables que tout ce qu'on peut entendre à la radio en une journée entière...
Histoire de ne pas trop plomber le moral de l'auditeur, place ensuite à "Loneliness", qui serait absolument parfaite pour les concerts dans les stades : imaginez donc des milliers de fans transis reprendre à tue-tête 'Loneliness loneliness, what would I do without you ?' !!!
Suivent les deux moins bonnes chansons de cet album, à mon avis, "Open Book" – dans laquelle Ed s'adresse à une ex – et "Kids (Rise from the Ashes)", pour nous rappeler que le futur, c'est la jeunesse.
et on conclut avec l'élégante et gracieuse mélodie de "Black Dress", qui me fait réaliser que, si une jeune femme doit se bourrer la gueule au whisky pour séduire le sieur Harcourt, je suis bien mal barrée...

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