Chronique de Lupus (Xsilence)
Hé bien on ne sera pas surpris, c'est moins bon. Le disque est pourtant d'une incroyable richesse formelle (c'est peut être même leur album le plus réfléchi): des arrangements chatoyants, une multitude de sons, de ruptures de rythmes, d'accélérations, de cœurs, d'échos, d'envolées. Oui, mais quand tout ces ingrédients, qui avaient assuré le succès du précédent album, sont casés tant bien que mal dans un format pop par une batterie outrancière, la magie a du mal à opèrer, et on a bien l'impression que le groupe "fait" du Doves. La recette de la bonne chanson, qui avait été consignée dans un coin est ressortie, et on suit a la lettre les indications, le nez dans la farine, sans prendre plus de liberté.
C'est bien ca qui nous est proposé: un disque de bon élève, appliqué et sérieux, motivé mais peu dégourdi. C'est joli, c'est charmant, c'est plaisant, ca contentera ceux qui attendaient la suite avec impatience ; mais ceux qui veulent découvrir le groupe feraient mieux de se pencher sur ce qu'il a fait avant. Quant à nous, nous aimerions bien les voir se lacher un peu, ces garçons, car ils ont des capacités, ils peuvent mieux faire: il suffit d'écouter "One Of These Days", le petit miracle de l'album, pour s'en persuader.
Chronique de Popop (Goûte Mes Disques)
Etrange statut que celui de Doves, à la fois valeur sûre de la scène rock britannique et éternels outsiders, arrivant à rester excitant tout en appliquant à la lettre une formule archi-connue. Alors que leur musique semble taillée pour les stades, le trio en est réduit à se contenter d’un succès d’estime quand tant de hypes d’une saison se vendent à la pelle. Soyons clairs, "Some Cities" ne risque pas de venir bouleverser la donne, étant du même acabit que "Lost Souls" et "The Last Broadcast". A première vue, on pourrait même dire que ce troisième opus se présente comme la somme parfaite de ses prédécesseurs, conservant l’ambiance sombre du premier et le potentiel mélodique du second.
De ce constat, il faut bien tirer quelques conclusions. D’abord, si ce nouvel opus n’apporte pas grand-chose de neuf au son du groupe, il a au moins le mérite de prouver encore une fois à quel point les mancuniens sont passés maîtres dans l’écriture d’hymnes rock entêtants, Snowden et Black & White Town en tête. Ensuite, The Storm, avec son sample de Ryuichi Sakamoto, dévoile une nouvelle facette de Doves, expérimentant habilement tout en restant sur ses terres. Enfin, et c’est là que le bât blesse, à force de triturer la même formule dans tous les sens, le groupe n’évite pas toujours la redite pure et dure, Walk In Fire ressemblant à s’y méprendre à There Goes The Fear en moins efficace et Sky Starts Falling, potentiel single, repiquant la même rythmique saccadée que Pounding. Ce détail mis de côté, il faut bien avouer que l’écoute de "Some Cities" est un réel plaisir et que passé le premier réflexe de scepticisme blasé, on revient avec bonheur vers ce disque et sa sobre pochette noire et blanche, autre marque de fabrique du trio - sauf si vous vous êtes laissés tenter par l’édition limitée avec le DVD, auquel cas vous aurez droit à un mauve violacé dégoulinant et du plus mauvais effet. Les voies du marketing sont parfois impénétrables.