Rock It To The Moon

Rock It To The Moon

Electrelane

18 / 20 2001 Let's Rock Album / CD  Vinyle

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 07/09/2001

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le cru 2005 fut assez exceptionnel pour le petit label britannique Too Pure : le Kidnapped by Neptune de Scout Niblett, le Three Fingers des Rogers Sisters et surtout le Axes d’Electrelane furent autant de réussites à épingler au tableau de chasse de cette structure ambitieuse mais réaliste. Point d’orgue de cet annus mirabilis, la réédition du premier album des quatre filles de Brighton, Rock It To The Moon, fait en quelque sorte office de cadeau de fin d’année aux nombreux aficionados du label.

L’idée est excellente puisque ce premier effort (alors que la craquante Mia Clarke n’était pas encore un membre à part entière ou que le groupe ne fricotait pas encore avec Steve Albini) reste très proche de ce qu’Electrelane a pu produire cette année sur Axes qui était quant à lui considéré comme une rupture sèche par rapport aux compositions plus variées et légères de The Power Out. En outre, il prouve - si besoin était - l’identité forte dont les quatre donzelles peuvent se prévaloir. Et cerise sur le gateau, il permet d’appréhender avec plus de discernement encore les structures mélodiques expérimentales et très rarement vocales (les quelques marmottements de Verity Susman) que s’impose le groupe sur ce premier album. Tous les gens - c’est-à-dire pas assez - qui sont tombés sous le charme de Axes se laisseront assurément emporter à nouveau par cette fusion entre post-rock ténébreux et punk incandescent qu’incarne à merveille un titre comme « Long Dark » ; ils fléchiront devant ces longues envolées portées par une section rythmique aussi monolithique qu’hypnotisante et par un orgue farsifa duquel on exige une seule chose : qu’il soit incontrôlable.

Chose assez étonnante : alors que Rock It To The Moon est passé plus ou moins inaperçu lors de sa sortie il y a quatre ans, Axes figure quant à lui en bon ordre dans de nombreux classements de cette fin d’année 2005. Les deux albums se ressemblant en de nombreux points, c’est dire le niveau de maestria déjà atteint par ces demoiselles en 2001 ; une aisance dans l’expérimentation qui rend absolument essentielle l’écoute de ces onze brûlots mélodiques .


Chronique de Haschatan (Xsilence) 19 / 20

Posté le 17/07/2007
Après deux ou trois ans d'existence discrète, ce petit groupe exclusivement féminin et so britich (les minettes viennent de Brighton, ville qui a vu naître un paquet de pointures) se décide enfin à sorti un premier long play, et autoproduit s'il vous plait.

Pour une première production, Electrelane met le paquet : visuel splendide et plus d'une heure dix de son, compact et brut. On sent déjà une certaine ambition teintée de délicatesse féminine émaner du disque.
Il faut savoir qu'on n'apprend pas à découvrir Electrelane. C'est le son du groupe du s'empare de nous, nous balade où il veut. Electrelane, c'est un viol sonore. A peine l'album est-il lancé que nous voilà plongé dans l'univers de Mia, Rachel, Verity et Emma. Un aboiement lointain, une ambiance très cinématographique qui fout la frousse, "The Invisible Dog" pose le décor et installe un atmosphère à la Conan Doyle. Le côté sombre des détectives britanniques. Il pleut et il fait froid, mais on n'a pas un seul instant de répit. Rock It To The Moon porte bien son nom. On enchaine directement sur le morceau le plus intense du disque peut-être. Scotché au plafond, impossible d'en décoller. "Long Dark" illustre vraiment à merveille la patte du groupe : des morceaux semi-improvisés mais soignés, très progressifs, fascinants.
Je ne vais pas décrire le reste de l'album piste à piste tant ces deux premiers morceaux en sont représentatifs. Et ce n'est pas péjoratif, au contraire, puisque Rock It To The Moon sait surprendre en temps voulu (cf. "Le Song", d'après moi), sans pour autant perdre de vue sa ligne directrice. L'heure suivante de musique est riche en émotions, délivrant un son tantôt nerveux, tantôt hypnotique. La guitare à la part belle et dialogue avec une aisance surprenante avec le clavier, sous la diction d'une batterie inépuisable.

Au final, Rock It To the Moon est un des meilleurs premiers albums qu'il m'ait été donné d'écouter. Toute la fureur et la densité du son d'un post punk nouveau, tempérées par une sensibilité féminine presque palpable, notamment dans l'usage de la farfisa (qui a d'ailleurs été un point d'originalité décisif dans mon appréciation).

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