La Forêt

La Forêt

Xiu Xiu

18 / 20 2005 5 Rue Christine Album / CD

Chronique de X_ Cosmonaut (Xsilence) 18 / 20

Posté le 27/06/2006
Après plusieurs mois accroché à l'univers de Xiu Xiu, il ne m'est définitivement (et heureusement, oserais-je dire) plus possible d'être objectif par rapport à cette musique aux émotions antagoniques et d'une force carrément athlétique.
Le cycle d'écoutes est semblable à une marée, aux poussés de plus en plus fortes et de plus en plus lointaines, et qui finalement emporte tout sur son passage, qu'on le veuille ou non. On écoute Xiu Xiu pendant trois semaines, on est sous le charme et on le laisse ensuite un peu de côté, pensant être arrivé aux environs du point culminant.
Finalement, ce processus aux saisons imprévisibles revient (trop) souvent, gonfle encore et décuple l'agenouillement plaintif aux couleurs masochistes. Plus d'un an après, je ne pense toujours pas que ces écoutes-là sont arrivées à maturation.

Avec La Forêt, c'est un peu la révélation, le premier chuchotement au souffle approximativement assuré qui émet l'hypothèse du "On tient ici le meilleur groupe du monde". J'exagère ? Peut-être. Enfin non, je ne sais vraiment pas.
L'indécision est à la hauteur de l'état d'esprit de Monsieur Stewart, lequel navigue continuellement entre des pôles adverses, mais si proches à la fois.
Ce qui est certain, c'est que malgré les rations accablantes et sombres que l'homme nous catapulte dans nos cavités grandes ouvertes, on ne frôle jamais la mélancolie ni la tristesse d'une humidité tragique. Quand le malaise, le mal-être et le coup de maillet nous cognent en pleine tronche, c'est tellement violent qu'on ne pourrait déverser la moindre larme. Xiu Xiu se démarque donc ici de tous les autres : il hurle, saigne, déchire et balance sa souffrance avec une rage déconcertante sans jamais donner cette envie de pleurer. Cette douleur s'accumule, d'une façon absolument malsaine et on y prend goût. Trop, sans doute.
C'est parce qu'on ne se défait pas des chaînes de Xiu Xiu, qu'on est toujours entre deux eaux mais jamais libéré que le plaisir sado-maso s'inscrit.

Avec "Muppet Face", Xiu Xiu accouche d'une des ses plus belles progénitures, au tempo soutenu, au refrain douillet vite rejoint par le bruit, et où cette voix pue le traumatisme. Celle-là, on peut l'écouter cent fois d'affilée : un must.
Il y a aussi le côté plus apaisé de "Pox", juste avant la sagesse -vite mais brièvement- dépassée par la haine présente sur "Baby Captain".
"Bog People" est le plus représentatif de cette condition de détention insoutenable, entre douleur "inchialable" et état schizophrénique inachevé.
"Yellow Raspberry" est plus calme mais certainement pas plus sage tant ça hurle sèchement.

Finalement, La Forêt, c'est un truc naturel et paisible, mais où l'état sauvage domine largement en arrière-plan.
Xiu Xiu, maître des émotions indécelables.

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