Scary Monsters

Scary Monsters

David Bowie

16 / 20 1980 EMI Album / CD  Vinyle  K7 Audio

Chronique de Vamos (Xsilence) 20 / 20

Posté le 20/10/2008
"There is New-Wave, There Is Old-Wave and There Is David Bowie"
Cette phrase d´un critique de l´époque résume parfaitement le contexte fascinant dans lequel Bowie enregistre Scary Monsters. Rappel des évènements. En 4 ans, Bowie a mutilé la pop, à coup de synthés, batteries plombées et guitares stridentes. Des éléments à l´origine d´une bonne partie de la scène New-Wave émergente à l´époque. Bowie en est bien conscient (‘You´re one of the new-wave boys', dit-il à son fils sur "Because You´re Young"), mais il poursuit son exploration de nouvelles contrées musicales avec son nouveau disque. Lassé par son travail berlinois avec Brian Eno, il quitte l´Europe pour retourner à New-York, accompagné par Tony Visconti, et s´imprégner de l´effervescence de la Big Apple. La trilogie est déjà loin derrière lui, comme en témoigne l´intérieur du vinyle, ou les pochettes de Low et Heroes apparaissent comme de vieux polaroïds jetés à la poubelle.
Scary Monsters est un OVNI dans la carrière de Bowie. Il n´a pas d´album jumeau, comme Ziggy Stardust ou Low. C´est sûrement ce qui fait sa valeur, cette singularité dans la discographie du maître.
C´est un Bowie survolté qui nous accueille sur sa nouvelle œuvre. Sur "It´s No Game part 1", il hurle comme jamais, accompagné par une chanteuse japonaise et surtout, la guitare de Robert Fripp, qui durant tout le reste du disque nous émerveillera grâce à des soli déstructurés, bruitistes et ramassés. "Up The Hille Backwards", le titre plus anecdotique, reflète néanmoins l´aspect collectif de l´œuvre grâce à ses chœurs reléguant la voix de David Robert Jones au second plan.
Les trois titres suivants sont de grands abonnés des best of Bowie. "Scary Monsters (& Super Creeps)", tout d´abord, qui creuse la veine de ce rock mélodieux et bruitistes. La production, typique de l´époque n´a pourtant pas pris une ride : le filtre sur la voix, laissant entendre le chant d´un monstre effrayant, ainsi que les synthétiseurs sont toujours aussi efficaces, 28 ans après. "Ashes To Ashes", lui, fait partie des titres les plus célèbres de Bowie. Construit autour d´une ritournelle au synthétiseur, Bowie s´amuse pendant 5 minutes à habiller ce morceau d'autres synthés tour à tour pesant, aériens ou détraqués. D´autre part, il continue son travail de remise en question de ses disques précédents, en s´attaquant au Major Tom, qui n´était pas un aventurier amoureux mais bien un junkie. Je pense que rarement un artiste n´aura imposé tant de distance entre lui et son œuvre. La lucidité de Bowie sur ce qu´il a accompli, son esprit critique et sa curiosité sont vraiment saisissantes. "Fashion", elle, nous propose un funk blanc mutilé par la guitare stridente de Robert Fripp. Le texte propose un pamphlet contre les effets de mode, amusant lorsqu´on sait que Bowie a toujours inspiré de nombreux suiveurs...

La deuxième face, bien moins connue, n´en reste pas moins exceptionnelle.
"Teenage Wildlife" est un des meilleurs morceaux de l´homme. Ses parties de chant, séparées par les meilleurs soli de l´album, font partie des plus belles de toute sa carrière. "Ziggy Stardust" est connue pour les 1000 intonations que Bowie, il devrait en être de même pour ce morceau, oú Bowie chante comme un fou, un crooner, en voix de tête... Un bouillonnement musical rare, pour un morceau très dense.
"Scream Like A Baby" détonne grâce à sa batterie et ses synthétiseurs au son très lourd. La reprise de Television, "Kingdom Come" montre que Bowie reste un homme de son époque, au fait de toutes les évolutions musicales. Son chant s´affranchit de toute notion de justesse sur ce morceau enjoué. "Because You´re Young", très héroique est le dernier morceau bruitiste, avant que ce chef d´oeuvre ne s´achève en douceur sur la seconde partie de "It´s no Game"

Scary Monsters est connu pour être le dernier chef d´œuvre de Bowie. Ce titre n´est absolument pas usurpé. Pour la dernière fois de sa carrière, Bowie réussit à capter l´air de son époque, à l´allier à son écriture pour créer quelque chose d´absolument nouveau. Ce disque est un repère, un témoin du passage des années 70 aux années 80. Mélange de punk, de pop, de funk, de rock et de new-wave, les excellentes compositions d´un Bowie au sommet de son excitation musicale sont magnifiées par un travail de production de Tony Visconti éblouissant. Le son est puissant, moderne et original. En presque 40 ans de carrière, il s´agit de l´unique fois oú Bowie négocie un virage de sa carrière sans se prendre un arbre. A ce titre, Scary Monsters se révèle passionnant et incontournable.

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