Chronique de Toitouvrant (Xsilence)
Posté le 11/05/2008
John Cale est difficile à saisir puisqu'il fût initié au rock par Lou Reed. Cale n'est pas un rockeur, c'est un compositeur. Il travaillait avec La Monte Young et Tony Conrad avant d'intégrer le Velvet Undergournd. Peut-être est-ce la clé de la séparation Reed/Cale au sein des Velvets, mais aussi celle de la complexité propre à Cale, tout aussi rude que celle de Reed. Fear est un album tout en demi teinte, subtil. John Cale ne pratique jamais la régularité de ton propre au rock. On a plutôt l'impression au premier abord que les disques de Cale sont composés de morceaux hétéroclites sans liens. Fear laisse se côtoyer des chansons pleines de sucres 50's ("The Man Who Can't Afford To Orgy"), comme des hymnes désespérés ("Emily") et des monstres d'acidités électriques ("Fear"). C'est sans doute ce qui donne cette nature cérébrale riche en références qui jalonnent toute son oeuvre. Dans cet album la chanson "Gun" est fantastique. Un rock lourd, proche d' "I'm Waiting For My Man" (n'a t-on pas dit que John Cale ferait passer Lou Reed pour un enfant de choeur tant son amour pour le danger et la violence était poussé). Le guitariste de Roxy Music (Phil Manzarena) joue un solo très long dans lequel il fait un usage de la distortion jusqu'auboutsite (comme John Mc Laughlin" dans "Go Ahead John" de Miles Davis sur son album Big Fun). La guitare est loin, puis explose, mange toutes les pistes, puis redescend et ainsi de suite, comme un serpent d'electricité. Un état d'instabilité en même temps qu'une articulation sonore qui reste l'évènement principal de ce disque noir, complexe et surtout magnifique.