Chronique de Jumbo (Xsilence)
Posté le 13/06/2009
Tonight's The Night... Alors voilà le premier des quelques albums de Neil Young dont la noirceur est célèbre. Le canadien n'est en effet pas le rockeur le plus déprimant qu'on connaisse. Mélancolique, certainement, mais jamais très cafardeux. Du moins jusqu'à cet album. C'est en tout cas ce que beaucoup s'accordent à dire, et si le joyau noir du Loner restera à jamais son magistral Sleeps With Angels (sorti en 1994), Tonight's The Night a bien quelque chose de fatigué et de désabusé. L'histoire, on la connaît, je ne vais pas la répéter. Neil Young, pas le gars le plus morose du monde, mais pas spécialement le plus gai non plus, a vu des jours meilleurs que ceux de l'année 1973. Le titre de l'album et la pochette annoncent donc une ambiance plutôt oppressante. Pourtant, Tonight's The Night s'avère moins éprouvant à l'écoute que Everybody Knows This Is Nowhere ou On The Beach – ce qui rend d'autant moins compréhensible le choix de la maison de disque de sortir ce dernier avant Tonight's The Night. Parce que si cet album a bien un parfum de déprime, il est moins suffocant que l'est parfois celui de la mélancolie du canadien. La crudité du son et des émotions a quelque chose de libérateur et d'agréable. Il faut également dire que tous les morceaux ne sont pas extrêmement tristes. On trouve des rythmes enjoués, du rock entraînant... Mais apparaît ça et là l'état d'esprit de Neil Young de manière plus directe. Le chant n'est pas toujours juste ("Mellow My Mind", "Tired Eyes"), la voix est fragile. L'album dans son ensemble est assez bordélique et dépareillé, on trouve quelques morceaux enregistrés à des époques différentes (jusqu'à 1970 pour "Come On Baby Let's Go Downtown"), le volume et la qualité de l'enregistrement changent quasiment à chaque piste... Tout ça fait de Tonight's The Night un album un peu doux-amer, qui culmine dans sa face B avec ses morceaux les plus beaux et mélancoliques : "Albuquerque", "New Mama", "Lookout Joe", "Tired Eyes". Un classique du rock que j'ai du mal à trouver aussi excellent qu'il est réputé être, mais qui se déguste à onze heures du soir, un verre à la main.